J'ai failli m'arrêter au bout de vingt minutes. Cela aurait été une erreur. Le début est catastrophique. Peut-être pas.
La réalisation n'est pas exceptionnelle. Je ne comprends pas l'utilisation des lumières, tantôt rouges, tantôt vertes.
La caméra bouge excessivement vite et de manière trop fréquente. C'est dommage vraiment, car sinon, Pariah
aurait été un excellent film. J'étais curieuse de savoir qui était à la réalisation. C'est une femme, Dee Rees, noire américaine et ouvertement homosexuelle. Sans que sa réalisation ne soit fameuse, je dirais quand même qu'elle a fait
du bon travail et j'aime bien lorsqu'un créateur est proche de son oeuvre de cette manière. Puisque Rees raconte que son histoire a des similitudes avec celle d'Alike (personnage principal du film).
Rees déclare sur le site de GLAAD qu'elle "a réalisé Pariah pour dépeindre à l'écran des facettes que nous n'avions pas encore vu auparavant et de montrer au grand jour les expériences de jeunes noirs gays parce que ces histoires là n'ont encore jamais été pleinement racontées." J'ai traduit ce passage parce que c'est justement pour cette raison que j'ai continué le film. Je me serais arrêtée si c'était un autre film, mais cet univers là, j'avais envie de le voir jusqu'au bout. J'avais envie de voir le nœud de cette histoire (très claire dans la bande annonce) et son dénouement. Je n'ai pas été déçue. J'en ai même été touchée. J'aurai même pu en verser quelques larmes vers la fin.
Touchée personnellement, parce que, au delà de l'homosexualité d'Alike , c'est sa relation avec sa mère qui m'a bouleversée. Non seulement, il y a des tensions à cause de la sexualité et des fréquentations de sa fille mais en plus, il y a cette relation mère-fille compliquée et qui se trouve ruinée par les projections et frustrations de la mère envers la jeune fille. Il y a une telle violence dans leur rapport. La nuance se trouve, et cela Rees placée en tant que scénariste l'a bien compris, dans le fait que malgré l'intolérance de la mère d'Alike envers elle et sa violence à son égard, cette dernière continuera à l'aimer. J'ai trouvé "la confrontation" entre les deux, troublante de vérité et tellement réelle. L'enfant est toujours là pour subir l'humeur de ses parents qui ne s'entendent pas ou plus. Alike le lui fera même remarquer.
Non seulement Alike doit supporter ces relations tendues à la maison, mais côté cœur, ce n'est pas pour lui faciliter la tâche non plus. Et pourtant, je pensais que c'était bien parti à l'arrivée de Bina.
Alike a 17 ans. Elle n'a encore jamais rien fait. Elle se cherche encore, traîne avec sa meilleure amie que sa mère ne porte pas dans son cœur parce que selon elle, Laura a une mauvaise influence sur sa fille. Alors sa mère essaye de faire en sorte que "Lee" comme elle l'appelle se fasse d'autres amies, c'est ainsi que Bina entre dans la vie d'Alike. Cela ne commence pas bien mais les deux jeunes filles se rapprochent petit à petit et Bina finit par embrasser Alike qui ne sait pas quoi en penser. Plus tard, elles vont aller un peu plus loin et juste après, l'attitude de Bina va changer.
Je ne m'y attendais pas. Bina ne voulait qu'expérimenter... Ou.. et c'est la raison, je pense, elle est gay mais ne s'assume pas. (Quand bien même elle prétend ne pas l'être). Elle fait promettre à Alike de ne rien dire. Alike comprends la situation et en est bouleversée.
Laura et sa sœur vivent seules, leur parents leur ayant tourné le dos. Lorsque Alike commence à fréquenter Bina et devient proche d'elle, Laura n'en semble pas heureuse. Elle avait des sentiments pour elle en fait. Elle lui fait part. (Et c'était avant que Bina et Alike n'aillent un peu plus loin).
En ce qui concerne les parents d'Alike : Son père est un... Peu importe. Il est horrible avec sa femme qu'il trompe probablement, certainement en fait... toujours absent, prétendant sans cesse avoir à travailler. Il n'a aucun respect pour la mère de ses enfants. Bizarrement il est "protecteur" envers Alike... (mouais). Il est quand même celui qui à la fin va la voir alors que cette dernière a decidé - a choisi - de s'en aller. Il lui demande de revenir en lui disant que se sera différent cette fois.
Avant cela, la confrontation a eu lieu entre Alike et sa mère. Une scène qui se finit de manière assez violente ou la mère assène sa fille de coup jusqu'à la blesser, après qu'elle ait avoué être homosexuelle.
Plus tard, ces deux là se reverront aussi. C'est cette fois Alike qui va à la rencontre de sa mère puisqu'elle n'a pas fait le pas. Elle lui dit qu'elle l'aime. Elle insiste. Mais sa mère ne lui répond pas. C'est terrible. A la place elle lui dit qu'elle va prier pour elle...
Je le conseille. D'une part parce que cela change de ce que nous avons l'habitude de toujours voir, d'autre part parce que les personnages ont leurs démons, mais ils sont malgré tout touchants. Je pense notamment à Alike et Laura. Sans compter la relation complexe entre Alike et sa mère. J'y reviendrai.
J'ai été un peu dure en ce qui concerne le début du film. Après un second visionnage, ce n'est pas si terrible. La narration est bonne, c'est peut-être le langage qui m'avait posé problème. Mais cela reste un bon film. En tout cas j'ai trouvé que ça l'était.
Pour en revenir sur la relation entre Alike et sa mère, le ton est donné entre elles dès le début. Je parlais des projections de la mère sur sa fille, et il se trouve que c'est les désirs classiques d'une mère qui a envie que sa fille soit coquette, féminine lorsque cette dernière se comporte en véritable garçon manqué (Et puis, elle se doute bien qu'elle est homosexuelle et c'est au fond ce qui la dérange) et elle croit qu'elle peut la changer avec une différente manière de s'habiller, ou avec d'autres fréquentations.
Au lieu de parler à sa fille directement, elle met la pression sur son mari pour qu'il lui parle et essaye de lui tirer les vers du nez. Evidemment ce dernier ne parvient pas à trouver les mots ni le courage pour aller jusqu'au bout. Ce qui est dommage pour Alike, c'est que jeune comme elle est, elle aurait eu besoin de conseil à propos de Bina et de ce que pouvait bien signifier ce baiser avant de se lancer dans autre chose puisqu'il s'avère que Bina ne faisait que jouer comme elle dit : elle n'est pas gay et n'est pas prête à se lancer dans une relation.
Le père d'Alike préfère rester dans le déni et se demande quel est le nom du prétendant de sa fille lorsque celle-ci lui dit qu'elle pense que quelqu'un l'aime bien. Pour la mère d'Alike, père et fille se ressemblent. Tous les deux ne sont presque jamais à la maison et agissent comme s'ils avaient quelque chose à cacher et comme si c'était elle la méchante dans l'histoire. Le père dans son déni va même jusqu'à dire qu'il connait sa fille et qu'il n'a pas besoin de lui demander. La confrontation a lieu lors d'un soir ou Alike rentre tard comme à son habitude et cette fois sa mère ne laisse pas couler. C'est alors que sa fille lui dit "Je ne suis pas papa, je ne suis pas ton mari alors arrête de me traiter comme si je l'étais"
Cela me fait penser que la mère d'Alike qui n'arrive pas à s'affirmer envers son mari, s'acharne sur sa fille sur qui, cette fois elle a du pouvoir. Et c'est inconscient, un mécanisme dont elle n'a pas conscience.
Alike continue "Je ne suis pas ton compagnon ni ton amie... Je suis ta fille".
Lorsque le père rentre finalement la mère d'Alike lui dit que leur fille est en train de se transformer en homme sous leurs yeux. Et c'est là qu'à lieu la confrontation, avec la mère d'Alike qui veut que sa fille admette ce qu'elle est. Son père lui insistant sur le contraire "dis-lui que ce n'est pas vrai, dis-lui que c'est juste une phase". Alike de son côté déclare qu'il sait déjà ce qu'il en est avant de le dire à haute voix, de dire qu'elle aime les femmes et qu'il n'y a rien qui cloche chez elle. A ces mots, sa mère ne le supporte pas et l'assène donc de coup, à terre, tandis que le père tente de la stopper.
C'est de l'acharnement. De la frustration.
J'ai de la sympathie pour la mère d'Alike. C'est une femme, c'est une mère, c'est une épouse et son rôle n'est certainement pas simple. Mais elle n'a aucune compassion pour sa fille. Aucun remord à son égard. Aucune culpabilité.
Merci pour toutes ces infos et pour ton analyse , Fantasmagorie
Ce que je retiens
au fond, c'est une chronique familiale où tous les protagonistes attirent de l'empathie, et l'homosexualité de l'" héroïne", si elle participe au malaise ambiant, n'est pas Le problème de ce trio en mal de communication.
Ce qui me frappe chez la mère, et me parle, car c'est ce que j'ai connu personnellement, c'est sa projection qu'elle se fait de sa fille en son mari déficient. Je pense qu'elle se sent trahie, isolée: elle croyait pouvoir compter sur une personne qui saurait la compendre, la soutenir, en la personne d'une fille, mais au final, elle a face à elle une sorte d'alter ego d'un homme.
Mais , à la différence d' avec un garçon au sens sexué, là, elle a le sentiment de pouvoir la changer et en faire ce qu'elle en attend. Paria est donc un terme attribuable à chacun de ces personnages, ce qui me rappelle une chanson de Tété Persona non grata https://youtu.be/IK-8oQlZblw
Je n'aurais pas pu mieux l'exprimer. Je trouve aussi que la sexualité d'Alike n'est pas le vrai fond du problème. Et ayant vécue une situation semblable également, le portrait que l'on a de la mère me semble vraiment bien dépeint.
Je trouve que la réalisatrice a vraiment fait d'une pierre deux coups. Elle aurait pu simplement se contenter de se focaliser sur la sexualité d'Alike mais à la place elle met la lumière sur la source du mal être des protagonistes. Et en ce qui concerne Alike, au delà de sa sexualité, elle est tout d'abord un être façonné de plusieurs composantes. Un être complexe comme tu disais un jour dans un autre sujet Arpagon.
C'est bien trouvé, le clip de Tété. Par contre être rejeté par des inconnus, c'est une chose, mais être rejeté par les personnes qui étaient censées t'aimer, c'est encore plus dur à vivre.
en effet être rejetée par des êtres qui devraient t'aimer c'est encore plus douloureux, car c'est injuste, pas " naturel ".
Pour le clip de Tété, j'en ai surtout parlé pour un aspect de la chanson que l'auteur a lui même expliqué, et qui m'interpelle : cette histoire est aussi le rejet de lui-même quand sa page se refuse à lui, reste blanche , malgré ce qu'il croit être une nouvelle inspiration, mais qui n'est au final qu'une pitoyable réminiscence de ce qu'il a déjà produit.
C'est quand il s'assèche artistiquement, et qu'il devient Persona non grata de lui-même.
Un titre qui me rappelle donc ce film où chacun est paria de sa propre personne et tente d'y échapper.
Au fond, cette maltraitance de la mère pour la fille, n'est ce pas un rejet d'elle même et de cette fichue existence qu'elle a construite ?