[Film] Baise-moi

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Engrenages
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Enregistré le : mer. 14 mars 2012 16:22

Re: [Film] Baise-moi

Message par Engrenages »

Outre les critiques incontestables déjà émises, peut-être y a t-il autre chose à percevoir dans Baise-moi.

Je ne peux pas affirmer avoir aimer ce film, par contre j’ai aimé la démarche des réalisatrices d'assommer le spectateur d'un réalisme déroutant.

Il ressemble d’ailleurs à un documentaire dénué de moyens de production, se concentrant sur « deux pauv’ filles » à qui il arrive tel événement, qui se transforme en élément déclencheur, d’un chaos innomé.

Certes, l’histoire aurait pu être mise en image selon un autre axe bien plus esthétique. Mais j’imagine que les lecteurs ont déjà réalisé ce travail.

Peu- être que Virginie Despentes a simplement voulu révéler la réalité de sa narration, en travaillant avec deux actrices de hard, aptes à jouer cette scène de viol, et surtout aptes à jouer le rôle des protagonistes tels qu’elle les imaginait. De la même manière, le décor et l’ambiance sont sûrement là pour exprimer l’environnement « précaire » décrit dans ce livre.

Et puis, critiquer la retranscription d’un roman lorsque celle-ci émane de l’auteur ( … ).

Mais j’en conviens, Raphaëla Anderson ( Manu ) est dérangeante tant son jeu paraît négligé, et décalé. Tout va en sa défaveur.



Hommages à Karen Lancome.

Silverring

Re: [Film] Baise-moi

Message par Silverring »

Je colle ici ce que j'avais indiqué dans le sujet
http://www.univers-l.com/forum2/viewtop ... =15&t=2203
consacré à Virginie Despentes alors que je m'étais déjà exprimée sur le livre et qu'on me demandait ce que j'avais pensé du film.
Silverring a écrit :Bah l'auteure n'allait pas oublier son oeuvre... Une impasse m'a quand même chiffonnée. Impasse est trop fort. Je me demandais comment une certaine scène serait montrée, et de fait, elle est escamotée, édulcoré le propos pour le coup. Dommage, pour une fois qu'on cause du rapport aux menstruations.
Les limites des moyens sont visibles en bien des moments
Bon l'important, c'est d'aller à la rencontre d'un public plus large en changeant de support.
J'ai été bien plus touchée par le bouquin puisqu'y ayant adjoint mes propres images, les murs de ma banlieue... Sinon, je l'ai maté seule un jour gris, et ben ça m'a bien mise en bad, donc me contrat est rempli, l'émotion passe. :shock:

arthémis

Re: [Film] Baise-moi

Message par arthémis »

Engrenages a écrit :
Et puis, critiquer la retranscription d’un roman lorsque celle-ci émane de l’auteur ( … ).
pourquoi, la présence de l'auteur ne change rien au fait que, justement l'oeuvre a été retranscrite...Donc que le travail peut être soumis à la critique.

Un des cas les pire peut-être que je connaisse est la participation de Jean Christophe Grangé à l'adaptation cinématographique de son roman le concile de pierre...Rien que de voir comme le personnage féminin a été changé...Et que sa mère et devenu une amie de la famille...

Bref, si on peu critiquer l'oeuvre originale d'un écrivain on peu d'autant plus critiquer ce qu'on a pu en faire plus tard, que ce soit lui qui l'ait fait ou un autre n'y change rien puisque que c'est une nouvelle démarche créative.

D'ailleurs Silver a bien remarqué que des parties avaient "sauté" ou été édulcorées

Engrenages
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Enregistré le : mer. 14 mars 2012 16:22

Re: [Film] Baise-moi

Message par Engrenages »

Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, puisque d'ailleurs je n'ai pas qualifier la démarche.

Simplement, je trouve la critique non argumentée assez simple. Et dès lors que l'auteur a réalisé ce film, il serait peut-être pertinent de se demander pourquoi est-il si loin de ce que les lecteurs en attendaient.

Pourquoi ce film est-il si dérangeant, et s'il l'est, quelle est la raison ?

Ainsi, ma phrase concernant l'interprétation se fixait à noter qu'il serait intéressant de relever les raisons pour lesquelles V. Despentes a fait ce film.

On ne peut pas critiquer Baise-moi, sans le détacher de son auteur. Ca serait le détacher de son contexte, et donc le dénaturer.

De la même manière qu'il apparait nécessaire de questionner la manière dont il a été reçu, censuré, et rejeté sans appel ?

Certes, l'analogie avec le genre pornographique est très présent. Mais ce n'est pas la seule chose qui a dérangé, c'est évident. Et c'est cette tension qu'engendre Baise-Moi, qui rend ce film intéressant.


Chacun est évidemment libre de critiquer, le contraire n'est pas précisément ce que j'ai dit, et heureusement.

L'auteur d'un livre peut réaliser effectivement une très mauvaise adaptation cinématographique. Il n'y a aucun lien de causalité entre les deux.

Cependant, encore faut-il se demander pourquoi est-ce si décevant, car l'auteur d'un roman a toujours la pure interprétation de son livre, car c'est de celle-ci que le livre a pu naitre.

Ensuite, d'autres interprétations se greffent. Et quand ces dernières sont en opposition avec la première, comme c'est le cas en l'espèce, avant d'émettre des critiques, l'honnêteté intellectuelle commande de comprendre l'existence de cette opposition.

Par exemple, j'ai toujours considéré que ce film était complémentaire avec le livre, parce qu'il " désacralise ".

( La présence de la formule " honnêteté intellectuelle" n'est pas à prendre personnellement. L'ensemble du contenu n'est qu'une explication par abstraction, qui répondait à la question du lien entre l'auteur et le film ).

Silverring

Re: [Film] Baise-moi

Message par Silverring »

Oui, j'avais noté des différences entre le roman et le script, oui, j'ai dit ma frustration à ne pas voir représentée la chambre d’hôtel à moitié repeinte. Parce que c'était une image qui m'avait énormément marquée à la lecture. Il y en a une discrète évocation dans le film, et cela à suffit à choquer certainEs, pour moi, cela signifie mission accomplie en la matière.
Heureusement que le film ne reprend pas chaque point du livre. On est pas dans le même mode ou les mêmes outils de narration.

Et, oui, c'est difficile de regarder l'objet cinématographique en lui-même quand on a lu King Kong théorie, parce qu'il en est beaucoup question. On y lit comment l'auteure a traversé la marrée médiatique qui a failli faire échouer le film sur l'autel de la censure.
Et pour faire écho à ce que j'ai indiqué ci-dessus, j'ai envie de dire qu'une telle houle est en fait un signe de réussite pour ce qui me semble être le projet de cette fiction.
retourner les choses. Mettre ce qu'on tait, ce qu'on cache, ce qui est tabou ou honteux sur le devant de la scène. Et l'espoir qu'alors le public pourra se demander si les sentiments de honte ou de rejet sur tel ou tel thème sont déplacés ou non.

Ce que j'apprécie aussi, aujourd'hui, dans Baise-moi, le film, c'est sa facture quelque part. On les voit les petits moyens. Il en faut une volonté farouche pour aller au bout, finir et diffuser le film dans de pareilles conditions. Il est sorti bien avant que les petites caméras numériques soient accessibles au grand public et il a été porté sur les écrans à une époque où internet n'était lui aussi pas si répandu. Bref, il a pu être montré dans des lieux où le livre n'était peut-être disponible, à un moment où il était encore plus difficile d'accéder à un autre regard sur le monde "par en-dessous" j'ai envie de dire.
Par exemple, j'ai toujours considéré que ce film était complémentaire avec le livre, parce qu'il " désacralise ".
Tu peux développer ? ça m'intéresse et je ne devine pas ce que tu veux dire :?

Luck

Message par Luck »

Engrenages a écrit :Je ne peux pas affirmer avoir aimer ce film, par contre j’ai aimé la démarche des réalisatrices d'assommer le spectateur d'un réalisme déroutant.
Il ressemble d’ailleurs à un documentaire dénué de moyens de production, se concentrant sur « deux pauv’ filles » à qui il arrive tel événement, qui se transforme en élément déclencheur, d’un chaos innomé. Certes, l’histoire aurait pu être mise en image selon un autre axe bien plus esthétique. Mais j’imagine que les lecteurs ont déjà réalisé ce travail
Même avis, oui. Un chaos non dépourvu d'humour, où l'une des protagonistes en vient à se lamenter sur sa propre liberté (l'extraordinaire "à croire que tout est permis!" échappé entre deux ou trois carnages).
Je suis étonnée cela dit qu'ait été escamotée l'une des scènes à mon sens les plus dérangeantes du roman, à savoir l'assassinat (gratuit) d'un enfant, en toute fin d'escalade.
Le livre demeure (de mon point de vue toujours) autrement meilleur, autrement puissant, dans son flingage méthodique de l'ordre - social, moral, patriarcal, identitaire. Du balltrap à tous les étages, ad nauseam.

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