J'ai revu ce film tout dernièrement et je l'ai vraiment redécouvert. J'ai surtout remarqué de très nombreuses correspondances que je n'avais qu'entraperçues au premier visionnage.
Je rappelle l'histoire qui est en fait un montage de trois histoires, sans réels flashbacks, ni évolutions linéaires. Le film s'ouvre sur le suicide de Virginia Woolf, en 1941, dans la rivière Ouse. Ce fait est véridique. Tout comme le fait qu'elle se mette à écrire Mrs Dalloway dans les années 20, après la Première Guerre mondiale. Virginia Woolf souffrait de ce qu'on appelait alors une psychose maniaco-dépressive (qu'on appelle aujourd'hui des troubles bipolaires). Peu importe que la maison des Woolf ne se trouve pas à Richmond. C'est toujours la campagne, loin de Londres qui obsède Virginia. Le film ne parle pas de sa liaison d'alors avec (Vita Sackville-West) qui eut lieu pourtant au même moment. Il insiste davantage sur la relation trouble qui unit Virginia à sa sœur Vanessa Bell. Toutes les deux, selon le témoignage de Vanessa Bell, ont subi des incestes de la part de leurs demi-frères dans leur enfance. Toutes les deux sont bisexuelles. Et il est avéré que leur proximité était parfois perçue comme ambigüe.
Le film s'intéresse à l'histoire de la création littéraire de Mrs Dalloway. Ce "roman" qui appartient au courant de l'écriture dite du "flux de conscience" cherche à condenser toute la vie d'une femme en 24 heures, en une journée. Stephan Zweig reprendra la même idée dans 24 heures de la vie d'une femme qu'il publie en 1929. Le roman suit particulièrement Mrs Clarissa Dalloway, une londonienne assez chic, qui souhaite organiser une réception où sont invités des anciens amis, des anciens amants, des vies possibles qu'elle n'a pas choisi. L'auteure nous met dans sa tête : aux détails apparemment insignifiants de la préparation de la fête, se mêlent les souvenirs, les projections, les regrets et les attentes. Virginia Woolf est splendidement interprétée par une Nicole Kidman méconnaissable.

La deuxième histoire est celle d'une jeune femme américaine, en 1951, quelque part dans une banlieue américaine. Laura Brown est une femme mariée, comme Virginia Woolf, à un homme gentil et prévenant, comme Virginia Woolf. Elle a déjà un enfant et est enceinte. Le film s'intéresse à elle quand, enceinte, déprimée, elle doit préparer quelque chose pour fêter l'anniversaire de son mari et quand elle commence, pour elle, le livre de Virginia Woolf, Mrs Dalloway. Apparemment heureuse, établie, elle étouffe dans cette société de consommation et d'abondance qui lui assigne une vie de femme au foyer et de mère reproductrice. Pour ne pas décevoir son fils, qui semble tant attendre d'elle et qui est constamment et tendrement dans ses jupes, elle décide de fabriquer un gâteau.

La troisième et dernière histoire est celle de Clarissa Vaughan, une femme new-yorkaise, vivant depuis dix ans avec Sally (c'est le nom de la jeune femme dont Clarissa Dalloway a été un temps amoureuse dans Mrs Dalloway). Bien qu'apparemment lesbienne, Clarissa est amoureuse depuis sa jeunesse d'un écrivain malade du SIDA, en phase terminale de la maladie, qui doit recevoir, le jour où le film s'intéresse à elle, un prix pour l'ensemble de sa carrière. Elle décide de faire une fête en son honneur dans laquelle elle a invité tous les gens qui ont compté dans sa vie à lui.

Le film nous invite à rapprocher les trois histoires dès les premières images. Toutes sont observées pendant 24 heures cruciales de leur vie. Cela commence dès le réveil et la toilette. Nous découvrons celle de Virginia, de Laura et de Clarissa. Toutes se lèvent avec difficulté, pleines d'inquiétude et de doute. Virginia est dans les affres de la création. Laura ne veut pas quitter sa chambre et laisse son mari tout faire avant son départ au travail pour se concentrer sur elle et commencer une lecture personnelle (celle de son roman), loin des obligations domestiques. Clarissa est plus douée pour les questions domestiques. Mais elle ne songe qu'à son entrevue avec Richard, l'écrivain, en l'honneur de qui elle donne une fête et dont elle craint qu'il ne viendra pas.
Toutes les trois ont une mission : écrire pour Virginia et tenir sa maison pour la venue de sa sœur; préparer un gâteau pour Laura ; préparer la réception pour Clarissa.
Toutes pensent à la mort : Virginia, malade, pense au suicide de son héroïne et à la mort d'un oiseau (propre méditation pour son futur suicide) ; Clarissa envisage de se donner la mort dans une chambre d'hôtel ; Clarissa craint que Richard ne meurt et se met à paniquer.
Toutes sont observées et soutenues pour des enfants : Virginia par sa nièce qui la trouve étrange ; Laura par son fils qui lui voue une vénération sans borne et inquiète ; Clarissa par sa fille adolescente.
Toutes ont un stress par rapport à la nourriture : Virginia attend des gingembres confits pour sa sœur. Elle les a demandé à son intendante qui la tyrannise. Laura rate un premier gâteau et en réussit un deuxième car "les gâteaux, ça ne se rate pas". Clarissa angoisse dans sa cuisine et prépare des monceaux de nourriture.
Toutes ont une sexualité compliquée : Virginia aime son mari Léonard dont elle se sent proche, mais elle adore sa sœur qu'elle embrasse sur la bouche. Laura pleure quand elle apprend la maladie de sa voisine qu'elle embrasse sur la bouche. Clarissa vit avec une femme qu'elle délaisse et rêve de son ancien amour pour Richard.
Il y a aussi la lecture...
Bref, à voir et revoir et rerevoir...
