Pour parler un peu plus de la construction du film, ce que j'ai aimé, c'est la partie narrative donnant un aspect journal intime. Puis j'ai aimé le choix d'avoir jonglé entre présent et souvenirs, entre l'évolution jusqu'au début de l'âge adulte des deux héros et leur enfance. A mon goût, ce choix a pour pertinence de montrer des conséquences sur la mémoire au fil du temps, des individus concernés, après une telle expérience imposée dans l'enfance (ici abus sexuels), pouvant se passer dans le plus grand silence et la plus grande incompréhension.
Pour ma part, d'un point de vue personnel, je peux dire que ça m'a énormément parlé. D'ailleurs il serait tentant de partir sur mon vécu personnel, mais comme le sujet ici est le film, je vais essayer de canaliser mes écrits, de ne pas trop déborder avec mon vécu à moi et d'en rester au film.
Ensuite, toujours côté construction, la finesse d'avoir choisi deux protagonistes concernés par la même expérience traumatique et de voir leur différence d'évolution chacun de leur côté et de réactions à ce sujet, ici Neal et Brian, montre qu'au-delà de l'expérience commune, chacun vit son traumatisme à sa manière sans pouvoir maîtriser quoi que ce soit, quels que soient les facteurs qui peuvent influer au fond. Il y a un traumatisme à prendre en compte, mais il y a aussi une personnalité, plein de facteurs environnants qui viennent ajouter leur grain de sable dans l'engrenage.
Aussi, les deux cadres familiaux très différents de Brian d'un côté et de Neal de l'autre, ont l'intérêt, je trouvais, de montrer que le mal rode partout, il n'y a pas un cadre précis qui l'attire. Au final, ce n'est qu'une histoire de chance pour ne pas tomber dans ses filets.
En ce qui concerne les personnages, leur histoire, j'ai aimé la quête de Brian dans son présent, pour comprendre d'où viennent ses visions, ses rêves associés à des martiens, d'où viennent ses vertiges, ses trous de mémoire, ses saignements de nez depuis une période précise. Le moment où il attend avec impatience le documentaire sur des personnes qui auraient été enlevées par des martiens selon leurs témoignages, cette partie est à la fois hilarante et terriblement touchante à mes yeux.
> Hilarante, par la réaction de la mère à côté qui ne comprend pas que son fils puisse s'intéresser à ce documentaire, puis de découvrir ensuite la manière dont les témoignages sont présentés, avec des affirmations des plus discutables, puis la nana aux OVNI, jouée par une actrice qui me plait dans ce genre totalement à côté de ses pompes (>"Sunshine Cleaning"), j'étais pliée de rire du début jusqu'à la fin, sans vouloir entrer trois heures dans les détails. Il faut voir quoi. :p
> Terriblement touchante par le désir de Brian dans son coin de découvrir sa vérité à lui et de sortir de son amnésie parasité par des images de martiens, ce que je trouve courageux et fort de sa part. : )
Pour en revenir à la nana aux OVNI, j'ai zappé son prénom Edeline? une terminaison en "line"... je me souviens que la mère la surnommait "UFO woman", un truc dans le genre. Bref, cette nana je l'ai à la fois aimée et trouvée flippante.
Je l'ai aimée car elle devient un réel soutien pour Brian quand il fait sa rencontre. C'est elle qui l'encourage à se concentrer sur les points que sa mémoire a su garder intacts et à retrouver Neal ensuite.
Je l'ai trouvé flippante car il y avait ce sentiment qu'elle voulait l'engouffrer dans son trip à elle et pas simplement l'aider.
Pour continuer, toujours dans la quête de Brian, il y a eu ensuite la rencontre d'Eric, Eric que j'ai aimé.
Je l'ai aimé car il a pris Brian comme il était et a fait preuve de grandes attentions toutes simples à son égard (je pense notamment aux moments forts lors de l'anniversaire de Brian, entre autres) avant de pouvoir le présenter à Neal.
Eric, j'ai trouvé que c'est ce genre de personne vraiment très chouette, avec une sensibilité en or, pas toujours prise au sérieux par ses potes (et là je pense à Neal et à la meilleure amie de Neal, j'ai zappé son prénom à elle aussi, qui des fois pouvaient le regarder un peu comme un ringard) qui malgré tout sera toujours là pour ses potes.
J'ai aussi aimé les deux trois moments partagés entre Eric et la mère de Neal, laissant passer une réelle attention naturelle réciproque. Mais la mère de Brian aussi est cool avec Eric.
Et puis Eric, j'adore ses goûts cinématographiques > films vintage de zombies! ahah. Enfin bref, j'ai aimé la présence d'Eric.
Pour passer à Neal maintenant.
Neal m'a touchée en premier lieu par cette tristesse dans son regard qui brille derrière son attitude de petit frimeur provocateur, qui au fond ne fait que tourner en rond dans son bled paumé, se raccrochant à une montée d'adrénaline occasionnelle pour s'étourdir et se sentir au dessus de tout, avant de justement se lasser de tout et de tout le monde. Sa meilleure amie qu'il présente comme son âme soeur, est je crois la seule personne dont il ne se lasse pas et qui lui permet de ne pas se sentir seul, notamment dans ses moments de vulnérabilité maximale, connaissant le secret de Neal, car lui contrairement à Brian, il se souvient de tout, ce qui l'emprisonne dans ses souvenirs.
Aussi Neal m'a fascinée dans le sens où c'est un personnage masqué qui se bat violemment avec lui-même sans pouvoir avoir de respect pour lui-même, entre plein de contradictions dans son comportement, dans sa manière d'appréhender des situations, d'agir ensuite.
Il y a cette insouciance juvénile chez lui qui est saisissante et bouleversante rappelant qu'il n'est qu'un être vulnérable qui se met en danger sans pouvoir en avoir pleinement conscience. Par exemple, son rapport avec les MST est effrayant tellement il semble ne rien y connaître à ce sujet, en jouant du coup à la roulette russe à chaque rapport.
Le dernier gars qu'il croise sur la route après le boulot, qui le viole et qui lui fracasse la tronche entre temps, le moment que j'ai trouvé le plus bouleversant, c'est quand ensanglanté, après avoir été abandonné comme une vieille merde sur un trottoir au milieu de nulle part, il se réveille et prononce avec peu de force dans sa voix "mum". J'ai trouvé cette image plus violente que les images le présentant telle une vulgaire poupée pour un taré qui voulait jouer à ce qu'il avait envie de jouer.
Face à mon écran, Neal je trouvais qu'il y avait cette envie d'être là pour lui en acceptant de ne pas pouvoir faire grand chose pour lui tellement c'est le genre de personnalité à rejeter tout soutien, toute attention par fierté et surtout inconfort, s'étant habitué à se construire tout seul, tout en ne pouvant que croiser les doigts dur comme fer, en espérant qu'il puisse passer au maximum entre les merdes fatales.
Pour finir, la rencontre entre Neal et Brian, c'était à mes yeux comme les pôles + et - d'un même aimant, qui finissaient par se retrouver. Cette séquence est encore une fois pleine d'émotions fortes qui s'entremêlent, très évolutives, jusqu'à en arriver au sommet.
> Brian qui est engagé plus que jamais dans son désir de découvrir la réponse à tous ses maux, Neal qui a le rôle de la clef par ses souvenirs, qui peu à peu par ses mots l'aide à retrouver la mémoire, tout en se freinant constatant le traumatisme de Brian ne voulant pas plus le choquer, et Brian qui finalement comprend tout ce qui a bien pu lui arriver et comment son esprit avec le temps a tout détourné le menant vers l'image des martiens, en arrivant à un état de choc et de nervosité extrême que Neal tente d'apaiser par sa présence et sa chaleur et par son incapacité à pouvoir faire autre chose...
Les derniers mots de Neal en voix off à la fin montre toute la beauté de sa sensibilité autant réconfortante, que désemparée, que vulnérable, que plein de profondeur qu'il a toujours dissimulés au plus profond de lui.
Je les colle ici :
And as we sat there listening to the carolers, I wanted to tell Brian it was over now and everything would be okay. But that was a lie, plus, I couldn't speak anyway. I wish there was some way for us to go back and undo the past. But there wasn't. There was nothing we could do. So I just stayed silent and trying to telepathically communicate... how sorry I was about what had happened. And I thought of all the grief and sadness... and fucked up suffering in the world... and it made me want to escape. I wished with all my heart that we could just... leave this world behind. Rise like two angels in the night and magically... disappear.
Ici l'extrait >
https://www.youtube.com/watch?v=0HDxHumpCu0
Et si jamais ma traduc peut être utile, en essayant de rester fidèle autant que possible en français aux expressions de Neal, la voici : (Si des pros en anglais ont envie d'apporter plus de justesses, ne pas hésiter, ou même en français! ahah)
Et comme on était assis là à écouter les chanteurs de chant de Noël, je voulais dire à Brian que c'était fini maintenant et que tout irait bien. Mais c'était un mensonge, puis je ne pouvais plus parler de toute façon. J'aimerais qu'il y ait des moyens pour nous de revenir en arrière et défaire le passer. Mais il n'y en avait pas. Il n'y avait rien qu'on aurait pu faire. Alors je suis resté silencieux, essayant de communiquer par télépathie... combien je suis désolé de ce qui s'est passé. Et je pensais à tout le chagrin et la tristesse... et la souffrance de merde dans le monde, et ça m'a donné envie de m'échapper. Je souhaitais de tout mon coeur qu'on aurait pu juste... laisser ce monde derrière nous. S'élever comme deux anges dans la nuit et magiquement... disparaître.
A ce moment là les paradoxes des personnalités de Neal et Brian semblent si lointains. Ils sont juste là, deux êtres, ensemble, seuls, sans plus aucune défense, liés à jamais à leur vérité.