Il en a déjà été dit beaucoup je crois, tant au niveau des interprétations que de la façon dont on peut aborder ce film. Pour ma part je l'ai vu alors que je ne connaissais rien à l'univers de Lynch, je n'en avais même jamais entendu parler, trop contemporain pour mon cinéphile de père lové dans les années 40. J'avais lu le nom, le plus souvent associé à la scène d'amour, elle-même plutôt vulgarisée. Je ne sais plus ce qui m'a poussée à le voir, mais toujours est-il que toute seule dans mon lit devant mon écran j'ai vécu un moment fantastique auquel je ne m'étais absolument pas préparée. Pour ce qui est du film, je n'y avais rien compris, mais j'ai pensé "c'est ça que je voulais voir exister". J'étais totalement submergée par ce que je venais de recevoir, et je ressentais un indéfinissable sentiment de plénitude, alors même que mon cerveau commençait à s'agiter pour donner un semblant de logique à tout ça. Donc je crois que je suis d'accord à la fois avec ceux qui ont cherché (et trouvé) les clefs d'interprétation chronologiques et symboliques, et avec ceux qui se sont laissés porter par l'oeuvre dans son entier sans la disséquer.
Bon, ma tête n'en faisant qu'à la sienne, je n'ai pas pu dormir car il fallait que je repense toutes les scènes, et plusieurs fois, que je les retourne et me les approprie. Je pense que c'est ça qui me fait dire que c'est sans doute mon film préféré entre tous, le plaisir que j'ai eu à savoir ce chef-d'oeuvre en moi, qui pouvait provoquer tour à tour les émotions les plus vives et l'effervescence intellectuelle la plus passionnée selon mon envie.
Je l'ai revu plusieurs fois depuis, et surtout l'ai fait découvrir à beaucoup de monde. Au fil du temps de plus en plus de choses se sont associées pour moi à Mulholland Drive, qui correspond parfois de façon troublante à des évènements de ma vie ou à ma mentalité, donc je le revois chaque fois avec beaucoup d'émotion et je me prends toujours un aussi grand coup d'émerveillement dans la figure. Pourtant j'envie presque ceux qui ont la chance de le découvrir pour la première fois!
Après le deuxième ou troisième visionnage, j'ai voulu connaître les impressions et idées des autres, et la toile regorge véritablement de points de vue. J'avais même déniché le commentaire d'une femme mariée qui disait que la scène mythique entre Naomi Watts et Laura Harring l'avait fait se questionner sur sa sexualité pour la première fois de sa vie, de par sa douceur et sa beauté.
Eeeeet je rebondis là-dessus pour vous demander pourquoi vous rechignez à classer ce film dans la catégorie des films lesbiens. Certes, ce n'est pas son sujet principal, loin de là, mais il y a une relation concrète et travaillée entre les deux protagonistes. Dans la période de réalité elles sont ensemble à un moment, même s'il y a trahison, et le film entier est construit sur l'amour que Diane porte à Camilla, c'est sa jalousie qui provoque le drame, sa culpabilité qui provoque le rêve, ses désirs qui peuplent le-dit rêve. Je conviens que rien ne tourne autour du fait qu'elles soient deux femmes (à part la jalousie exacerbée par le baiser avec une autre femme le soir de l'annonce du mariage, et peut-être aussi que ça participe de la critique d'Hollywood que fait Lynch), mais je continue de croire que c'est aussi comme ça que la visibilité lesbienne est la plus forte; quand on a un monument de cinéma, et qu'il se trouve que dedans il y a une relation homosexuelle forte. Donc je suis un peu perdue... En quoi ne répond-il pas aux critères?
Bref, beaucoup de "je" dans ce premier message, mais il est assez dur de généraliser quoi que ce soit au niveau de ce film ou du ressenti qui y est lié c'est si... personnel. Alors excusez-moi pour le ton egocentré de ce post! Je me suis laissée emporter par le flot de pensées qui surgit quand on évoque Mulholland Drive... D'ailleurs j'aurais encore tellement à dire.
Tellement vrai.[...] comme si le film n'était pas fini et que ce truc qui planait tout le long, venait planer chez soi.