AH Fleming, tu l'as enfin vu!
Le son en effet a une très grande importance tout le long du film, du début, jusqu'au générique de fin qui d'ailleurs pour moi donnait la sensation de ne pas signer une fin, mais une continuité chez soi. Le film s'arrête à l'écran, mais continue de son côté. J'avais déjà évoqué cette idée avec d'autres mots plus haut.
En plus des images, c'est le son je dirais qui nous absorbe, nous fait entrer, participer à chaque scène. Le son peut même nous donner des petits indices sur ce qu'il se passe, qu'on ne voit pas forcément et sans en avoir conscience peut-être. Et même après avoir visionné le film, ce sont des sons des fois qui peuvent rester en souvenir et continuer à résonner dans sa tête, devenant des repères, en plus de quelques images qui viennent et repartent, se logent dans son cerveau.
Et là comme ça, l'une des scènes qui m'a marqué fortement en son plus qu'en image, au point de se retrouver dans la peau du personnage, c'est lorsque un mec anxieux se retrouve au Winkie's, restau/fast food, parlant à un autre gars d'un rêve traumatisant qui s'était passé exactement à l'endroit où ils se trouvent, en ayant vu à l'arrière du Winkie's derrière le mur, le visage d'un homme qu'il ne veut plus revoir. Du coup, il a besoin d'y retourner pour espérer passer son traumatisme. Voilà en gros pour résumer et situer.
J'ai trouvé cette scène très forte en son. Rien qu'au départ, la sirène de voiture de police qui surgit d'un coup, qui surprend et sonne un peu, le tout en fixant l'enseigne du Winkie's, c'est un son brutal qui capture et fait entrer dans ce lieu je dirais, et je dirais même que c'est un son pour marquer cet endroit précis, qu'on retrouve après d'ailleurs.
Puis après, quand le mec parle en étant nerveux, il y a une petite musique continue à l'arrière qu'on peut entendre, venant s'installer en soi pour faire ressentir l'anxiété du mec je trouve, puis la sonorité monte en volume petit à petit avec des variations et des bruits de l'extérieur qui s'y mêlent et deviennent clairement plus présent quand les deux mecs se décident à aller voir à l'arrière de la cour du Winkie's s'il y a encore la présence de l'homme du rêve.
J'ai vraiment été tenue en haleine, je me suis sentie dans la même attitude que les deux gars qui avancent sans savoir à quoi m'attendre et s'il va y avoir une apparition ou pas jusqu'au bout. J'ai trouvé ça fort. PAF apparition, un son qui tend. Puis le Dan paniqué qui s'évanouit, avec la voix de l'autre, en l'appelant le secouant, qui résonne et devient lointaine, toute cette sonorité fait clairement entrer dans un état d'évanouissement limite suffocant tout en étant éveillé, c'était très prenant pour moi personnellement.
Et après bien sûr en continuant à regarder la suite, on s'aperçoit qu'on retrouve cet endroit avec différent plans parallèles.
Et ce n'est pas le seul moment où on retrouve des sons marquants et des plans parallèles dans le film.
J'ai vraiment alors trouvé que ce long-métrage fait appel à une mémoire visuelle, mais aussi et surtout auditive. Ca m'a vraiment marqué, mais surtout charmée.
Puis le duo Lynch Badalamenti est juste parfait je dirais.
Hop, un petit son que je mets, pour se remettre dans l'ambiance. Musique que je trouve prenante et émouvante pour ma part.
Ensuite, cette scène dont tu parles Glaukopis, après avoir vu tout le film, elle m'a fait l'effet d'un gros panneau sur une porte avec écrit "FERME NE PAS ENTRER", mais en essayant malgré tout d'ouvrir la porte et insister parce que le message du panneau n'a pas réellement été imprimé dans la tête.
C'est aussi une scène que j'ai trouvé forte en émotions en s'y sentant parachutée, puis prise par la situation sans vraiment savoir pourquoi au moment même où les images étaient sous nos yeux.
C'est aussi là que je me dis que le réalisateur a su entrer, titiller nos cerveaux.
Et là j'ai l'impression de voir les doigts de David Lynch dans mon cerveau stimulant certaines zones plus que d'autres pour m'envoyer divers messages, des petits guilis à certains endroits et des petits guilis à d'autres, avec l'attention totalement détournée.
Pour ce qui est du petit débat sur la classification de Mulholland Drive en film lesbien ou pas.
Tout ce que je retiens, c'est que je l'ai découvert et ai voulu le voir sans être dans l'optique de voir un film lesbien, mais plutôt un film dont j'avais entendu parlé dans mon entourage, c'était le dernier film de David Lynch à l'époque, mais sans connaître son univers. J'étais alors avant tout curieuse, mais sans savoir à quoi m'attendre et aussi sans savoir qu'il avait été autant analysé. C'était vraiment le sentiment de le découvrir dans sa grotte d'ermite en l'ayant vu et se sentir out de sa grotte lorsque j'ai réalisé à quel point il avait été disséqué.
Puis après l'avoir vu, je n'ai pas retenu ou ma réaction première n'a pas été de me dire que je venais de voir un film lesbien, bien au contraire, je m'en sentais bien loin de cette catégorie même en ayant eu sous les yeux deux nanas ensembles, passionnées, amoureuses, jalouses, torturées, etc etc, j'ai plus vu un film où justement j'y ai ressenti diverses personnes évoluer, qui se croisent, se rencontrent, se rerencontrent, comme dans une petite fourmilière avec une activé différente à chaque étage, alimentée par une relation amoureuse, passionnée, torturée, le tout dans un décor sonore et visuel travaillé au millimètre près, un décor prenant, mystérieux, étourdissant, émerveillant, etc etc. Soudainement, penser à mettre un tampon "Gay lesbien" sur mon DVD, j'aurai l'impression de réellement amputer ce film de toute sa réelle construction, de ses messages, de son réel scénario et simplement me focaliser sur une partie sentimentale entre la blonde et la brune et en gros massacrer toute la fourmilière pour n'en garder qu'une galerie. Ca n'aurait plus aucun intérêt.
Après qu'on en parle ici, j'en suis fort ravie, pouvant me trouver de manière troublante à travers certains avis et pas du tout dans d'autres. D'ailleurs heureusement qu'on en parle, sinon ça serait vraiment le sentiment d'être limitée sur le forum et bloquée dans une catégorie bien précise et réduisant la représentation lesbienne à un schéma de scénario bien précis, ça serait déprimant. Et comme il me semble que le but du forum n'est pas d'étiqueter les films, mais plutôt d'en extraire le contenu, pour ensuite en débattre, que divers membres puissent échanger leur propre regard pour justement faire vivre une représentation variée, il ne faut certainement pas se priver de débattre sur Mulholland Drive sur le forum. En parler oui, l'étiqueter non.
Puis, c'est tout bête, mais s'il fallait vraiment le classer, comme le disait une membre plus haut, je crois bien que c'est Noland, c'est avant tout et tout simplement du Lynch.