[Film] Zwei Mütter (2013)

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Homozygote
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[Film] Zwei Mütter (2013)

Message par Homozygote »

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C'est l'histoire de deux femmes, Katja et Isabella, qui veulent avoir un enfant. Elles ont juste besoin de la semence pas d'un père.
Mais en Allemagne elles se font rejeter par les "cliniques de spermes" pour des raisons "légales".
Quand elles trouvent finalement un docteur qui veut bien les aider, la fertilisation ne marche pas comme prévu...
Elles essayent pendant des mois sans aucun résultats. Katja ne veux plus essayer et Isa veux quand-même essayer de son côté!

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Edit: Une faute dans le titre: Zwei à la place de Twei :lol:

Griottesurlegateau

Re: [Film] Zwei Mütter (2013)

Message par Griottesurlegateau »

Enfin vu ce film que j'avais dans un coin de mon esprit depuis un bout de temps.

Toujours compliqué, quand on loupe la sortie cinéma d'un film, de le visionner ailleurs :x.

Ce film montre, à l'instar de Comme les autres de Vincent GARENQ, avec Lambert Wilson et Pascal ELBE, le parcours de deux femmes qui souhaitent devenir parents en Allemagne, des difficultés rencontrées par rapport aux lois du pays et de ce qu'elles impliquent de distensions dans un couple très soudé au départ.

Je suis d'ailleurs étonnée de deux répliques dans le film où on comprend que Nadja et Isabella sont mariées alors qu'en ayant été refaire un tour de vérification, seule l'Union Libre semble autorisée en Allemagne.

Bcp aimé la complicité retranscrite à l'écran, des deux actrices Karina Plachetka et Sabine Wolf et leur lent éloignement.
L'une dans ce désir de maternité qui finit par prendre toute la place dans son esprit au détriment de sa relation de couple et de l'engagement qu'elle a pris vis-à-vis de Natja.
L'autre dans sa place de tiers, qui entend l'être à part entière et qui n'accepte pas l'intrusion et l'intervention dans son projet de couple, du géniteur.

J'aurais tendance à penser que la place des deux protagonistes se comprend.

Mais je me suis sentie plus proche de Natja.
Elle reste sur la ligne de ce qui a été décidé avec Isabella au départ.
Isabella rompt en quelque sorte le projet de couple initial, sans impliquer sa femme dans cette évolution, dans laquelle l'entraine son désir d'être mère. Elle m'est même apparue pénible à certains moments.
Il y a quelque chose d'extrêmement contradictoire dans cette situation : la loi leur interdit l'accès "tranquille" à la PMA mais elle est de toute façon contournée.
Ce contournement entraîne un stress de dingue, des dissensions majeures dans le couple, ce qui implique l'effet inverse de ce qu'elle prétend, sans réels arguments force, protéger au départ, c'est-à-dire le sacro-saint intérêt de l'enfant.

On voit que ça va être très compliqué pour Nadja de trouver sa place de parent à part entière.

Quid de l'enfant à venir dans cette configuration ?

Où va-t-on trouver réellement son intérêt avec un parent déjà très fragilisé avant même sa naissance, dans son rôle et son désir initial ?

La position du donneur est également très interpellante.
Que cherche-t-il au final, en imposant à ce couple, sa présence avec ces liens trimestriels ?
Il n'a rien à voir avec l'histoire de ce couple mais s'immisce dans leur intimité au seul prétexte qu'il est le géniteur.
J'y vois une vraie volonté de domination masculine.
Sa présence n'a pas de sens dans le projet initial et il me semble exploiter à son profit, la fragilité psychologique d'Isabella, dans je ne sais quel but.

Film très intéressant au final :).

Griottesurlegateau

Re: [Film] Zwei Mütter (2013)

Message par Griottesurlegateau »

Je revisionne ce film (j'aime bien revoir des films qui m'ont marquée car mon regard s'est en général enrichi d'autres expériences, d'autres films) et je le trouve de nouveau très abouti.

Déjà parce que le scénario est écrit par la réalisatrice, ce qui laisse sans doute, une plus grande latitude, qu'un script écrit à partir d'un livre, comme l'est celui de Carol, par exemple ou bien de Boomerang ou bien d'autres.

En "emmagasinant", si je puis dire, au fur-et-à-mesure du temps, de plus en plus de films différents, je les compare forcément, dans le message qu'ils entendent délivrer.

Et ce film rejoint, dans mon regard, Concussion, dans son aboutissement.
La relation est déjà établie. Elle est forte, présente, entendue.
On passe sur toute cette partie, pour entamer une autre dimension, une autre construction.
Et je crois que c'est ce qui me plait ici.
Ce film va plus loin que les difficultés auxquelles se heurte la rencontre en elle-même.
Dans I can't think straight, Kyss mig, Elena undown, je me suis souvent dit "Et après ?"; bien que l'ensemble de ces films fait partie, lui aussi, du "paysage" et apporte ses pierres à l'édifice dans ses différentes sensibilités.

Griottesurlegateau

[Film] Zwei Mütter (2013)

Message par Griottesurlegateau »

En ricochet à Below her mouth, je reviens à ce film.
Zwei Mütter est une sorte de film référence auquel je reviens quasiment toujours pour lui comparer d'autres films.

Parce que j'ai toujours bcp aimé que les protagonistes y gardent leur dimension humaine avec leur brillance, leurs gris et leurs zones d'ombre. Des personnages en mi-teintes de la vie de tous les jours, filmés jusque dans leur intimité.
Rien de surfait à mes yeux. Une façon d'aborder une réalité sans fard. La réalisatrice passe largement outre l'esthétique et explore la dimension humaine, affective, émotionnelle de ses personnages. L'image n'est pas léchée. Elle est plutôt brute, quotidienne.

Je lis d'ailleurs qu'Anne-Zohar BERRACHED a obtenu un diplôme en éducation sociale avant de se diriger vers la réalisation.
Ce point ressort de façon prégnante, je trouve, dans sa façon de tourner (j'irai voir, pour cela, son dernier film "24 weeks").

Une photo de cette réalisatrice pour la fixer visuellement.
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Elle ose une inclusion, là encore, sans fard, dans son scénario, de la sexualité qu'entretiennent les deux personnages.
J'apprécie quand ce pan de l'histoire des personnages n'est pas coupée, occultée, censurée, réduite à un furtif baiser mais mise devant la caméra de façon intelligente et respectueuse.
Ça peut porter à soutenir le fait que la sexualité entre deux femmes est une sexualité comme une autre, à part entière et dégager une certaine liberté de ton.

Below her mouth n'a pas cette dimension sociale. Ce qui va dans le sens de ce que j'ai lu concernant la pauvreté du scénario.
Les plans sur les personnages sont léchés, les lumières travaillées. Je me rends compte que je peux être touchée par cette esthétique comme je peux être touchée par une absence de recherche d'esthétique et donc quelque chose de plus réaliste.

Parce que j'aime ce parti pris des lumières tamisées des intérieurs que vient trancher la luminosité des plans des extérieurs.
Je ne pense pas que ce film ait vocation, en écoutant parler la réalisatrice, à raconter une histoire.
Il tend à capter la tension érotique entre deux personnages.
Et je trouve que de ce point de vue, il est très réussi et même très osé, comparé à ce que j'ai vu jusqu'ici.

J'avais été étonnée de découvrir April Mullen, la réalisatrice.
Elle ressemble bcp, dans sa façon de s'habiller, au personnage de Jasmine.

La scénariste, Stéphanie FABRIZI, quant à elle, a un look qui s'apparente à celui de Dallas.

Et m'est venu en tête, Room in Rome, qui porte également à l'écran la sexualité des personnages.
Etonnamment, en comparaison, il m'a semblé dénaturer la liberté des deux personnages, et par là même celle des deux actrices, à cause du regard, que je trouve surfait et enfermant, du réalisateur.

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