lesbionic a écrit :
Cette chronique est un must, merci Bee !
Cela fait un moment que je n'étais pas passée par là depuis qu'il y a une rubrique sur le site, aussi je découvre ton commentaire Lesbionic, et je peux te dire qu'il m'a fait plaisir au-delà de tout.
Bref, je reviens vers cette rubrique pour donner un aperçu d'un futur portrait : celui de Mireille Havet dont je recommande la lecture. Les éditions Claire Paulhan ont publié le journal de cette femme très étonnante et entièrement lesbienne qui écrivit plusieurs milliers de pages perdues jusqu'à ce qu'on les redécouvre en 1995.
Je voudrais ici donner une idée de sa personnalité en citant certains passages du journal qu'elle écrivit en 1919.
Le premier concerne le milieu "lesbien" de Paris que fréquente Mireille Havet : c'est celui de la belle société. Voici ce qu'elle échange avec Suzanne Parisis :
"Nous parlons de Colette, de Madame de Noailles, de Renée Vivien, d’Émilienne d'Alençon, d'Edna Nicoll, et je m'amuse follement à la pensée qu'elle a voulu violer cette dernière à Deauville, pendant le sommeil d’Émilienne. Elle tâte le terrain, m'annonce qu'Edna est très masculine et ne plaît pas aux hommes, nous parlons de Renée Vivien".
Sur cette photo, on découvre la comédienne Emilienne d'Alençon dans un de ses rôles.
Le second concerne la baronne Magdelaine de Clauzel qui fixa toutes les pensées de la jeune Mireille Havet à l'aube de ses 21 ans. Celle-ci ne fut cependant jamais sa maîtresse.
"Petite Baronne Clauzel, je vous quitte. La main que vous m'avez tendue, je ne l'ai pas baisée, une folle pudeur subite m'empêcha de confirmer par ce geste les légendes dont s'auréolent inconsciemment mes cheveux courts, mon tailleur couleur taillis, et mes guêtres de cuir. Vous valez mieux qu'un jeu, qu'un scandale. Je ne veux pas vous effaroucher [...]. Je n'aime pas qu'on croie que nous couchons ensemble, et je ne veux pas que votre sagesse soit suspectée."
Cinq jours plus tard, le 15 février 1919, voici ce qu'écrit Mireille :
"Hélas, je n'attendais que l'amour.
Son dur, son impérieux visage, et son cruel sourire qui lève le désir.
Magdelaine Clauzel.
[...] J'étais ivre de son sourire, de sa tendresse, de mon abandon, et mes pas qui gagnaient le monde s'enfonçaient dans une boue gluante qui me retenait à la ville, malgré moi. [...]
Je pleure, mes larmes amères sur mes joues chaudes. Vous avez bu mes premières larmes. Sur le seuil de votre porte, penchée et amoureuse, votre baiser sur ma paupière humide s'est appuyé, si doux, si chaud, avec une gravité presque enfantine, et si sensuelle cependant. Vous m'avez du reste embrassée tout le temps. J'étais éperdue, votre bouche douce sur mon visage, sur ma nuque, votre main dans mes cheveux, vos doigts autoritaires et légers suivant le contour de mes oreilles, de mon cou, votre autre main que je tenais dans la mienne, qui était si petite, si souple, si sûre cependant. [...] Vous me trouviez grave sans doute, et bouleversée. De tout près, vous me regardiez un peu comme un jouet, comme un cadeau neuf. Je sentais votre désir sur le mien, au devant du mien ! Et vous parliez de tentation, de choses qu'il ne fallait pas entre nous".
Et puis, en avril 1919, elle rencontre Madeleine de Limur, l'épouse du cinéaste Jean de Limur, très complaisant pour les goûts de sa femme. C'est une passion sexuelle.
"Nous coucher fut réellement l'affaire d'une seconde. Nous causâmes longtemps les yeux tellement les uns dans les autres que je retrouvais mon visage en petite image magique dans sa pupille ! Puis, elle éteint, me fit retirer mon pantalon de pyjama, et la nuit d'amour, au doux rythme du coussinet adroit et chaud de son corps, commença en plein rêve d'âme, en pleine possession cérébrale ! en pleine harmonie ! Ce fut beau, intime, comme ça n'avait jamais été".
En juin, quand se termine leur torride relation, voici ce qu'elle écrit encore :
"Une terrible, une animale, une dévorante sensualité est en moi, pesante et gluante jusqu'à mes doigts avides de se faire plus caressants de caresses, de posséder, de faire chanter un corps de femme, une chair miraculeuse et savoureuse comme celle de Madeleine. Ah ! Nos dernières nuits, où elle criait... rauque et donnée : "Je suis à toi. Tiens ! Prends-moi, tu m'as toute. Sois heureuse. Donne moi ta bouche. Tu m'as toute. Je jouis dans tes mains" Mots inoubliables qui m'ont créée mieux qu'une famille, à la façon d'un sortilège".
J'espère que ces quelques extraits vous auront donné envie d'en savoir plus sur Mireille Havet et surtout envie de lire son journal qui est en vente et qu'on peut trouver très facilement.
