Bon, devant tant de passions et surtout de mauvaises critiques et de préjugés (y compris de moi-même, car j'avoue qu'un film de Nicole Conn, d'emblée, je me méfie... je ne suis pas fan de son enflure pseudo intello-romantique), j'ai fini par céder et j'ai regardé.
Comme l'a perfidement rappelé Michelle, qui n'hésite jamais à souligner ce point, j'ai une certaine tendresse pour les navets à condition qu'ils soient un peu romantiques. Je trouve toujours des circonstances atténuantes.
Qu'est-ce que ça donne pour
Elena Undone ?
Bon, pour moi, ce n'est pas un bon film : c'est long, trop démonstratif, trop écrit (au mieux) mais mal pensé visuellement, mal dirigé et surtout voulant faire un film trop incorrigiblement romantique - en sautant à pied joint dans tous les poncifs du genre (avec la totale : l'amour au premier regard, la phase de doute...).
Qu'on soit clair. Nicole Conn (j'ai toujours envie de rajouter un "e" à la fin de son nom, je ne sais pas pourquoi

) a sans doute voulu donner à la communauté lesbienne le grand film romantique qu'elle attend. Je crois qu'elle n'a pas tort en pensant que certaines lesbiennes attendent LE film intelligent et sensible et romantique et qui finit bien. Il n'y a pas de raison que les Meg Ryan soient seulement hétéro. Sauf que pour que ça passe, il faut faire une comédie romantique, or ce film se prend trop au sérieux et en devient proprement ridicule. Il y a parfois de jolies scènes, classiques mais sympathiques, et puis Nicole s'en mêle et transforme ce qui devrait rester léger en un plat bien indigeste.
Cela en devient énervant. Soyons clair : on ne peut pas faire un
Autant en emporte le vent avec un scénario de
Quand Harry rencontre Sally ou
Vous avez reçu un e-mail. Nicole : wake-up !!!!
Juste un exemple pour bien faire comprendre la nature du problème : dans
Imagine me and you, quand Rachel voit Luce pour la première fois entre les piliers de l'église qu'elle remonte pour aller se marier, on est dans le pur cliché de l'amour au premier regard. C'est guimauve, c'est romantique, bref j'adore même si c'est too much. On comprend déjà que le moment, le lieu, la situation vont mettre les deux héroïnes dans de beaux draps.
Dans le film de Nicole Conn, après un discours type gourou du mec qui a la grande théorie du siècle sur l'âme-soeur, on voit les deux héroïnes qui se croisent dans les allées d'un parc. Aucun enjeu. Mais elles se retournent l'une sur l'autre, à des moments décalés bien sûr... ça annonce lourdement aux spectateurs avec qui Nicole essaie d'installer une connivence que ces deux là finiront ensemble, même si les images suivantes vont lourdement nous prouver qu'elles ne se ressemblent pas.
Et puis, peut-être que je trouve que son idée d'âme-soeur un peu lourde. Pour nous montrer qu'elle a des lettres et qu'elle réfléchit, elle en fait des tonnes sur le platonisme, sur le mythe des androgynes (les deux moitiés perdues...). Nicole : lâche toi !!! Et cela ne veut pas dire : mets les à poil et filme nous bien longuement des scènes érotiques.
Là aussi, depuis
Cynara Poetry in Motion, je me méfie des grandes scènes de sexe de Nicole : ça devient des ralentis, des retours en arrière, des gros plans sur les tétons qui pointent, les doigts qui se joignent, les corps qui s'enroulent façon ballet contemporain, exercice de gymnastique ou sculpture sensuel dans la glaise. Son imaginaire est tellement saturé d'images classiques qu'elle plaque sans inspiration que cela en devient stérile et surtout hyper agaçant.
Autant
Claire of the Moon est assez émouvant car c'est un des premiers films du genre et cela signe une époque, autant ce film me paraît prétentieux (donner aux lesbiennes un grand film romantique) et au final insupportable. Il n'a pas tenu compte des films qui se sont faits depuis et qui ont fait avancer la représentation et fait évoluer nos attentes.
Tout cela dit, n'y a-t-il rien à sauver ? Faut-il fuir ce film ? Non, je ne crois pas. Je n'ai pas passé un mauvais moment. Ce film en fait trop et il le fait mal, mais c'est un film lesbien, c'est une histoire d'amour qui finit bien, qui véhicule un message qui peut faire du bien et qui peut donc rendre bien des services quand on se sent nulle et moche. Que les filles jouent mal ? Bof, elles ne sont pas vilaines à regarder et c'est déjà ça. Nicole a oublié les épaulettes et s'est mise au tank top et aux tatouages ! Que le scénario soit nul ? Bof, il ne l'est pas davantage que des films bourrins d'action...
Donc, voilà : on peut regarder ce film sans forcément choper des boutons et sans s'ennuyer ferme. Arrêtons d'être sectaires

Y a pire au monde qu'un film lesbien de 2 heures qui finit bien
