Virginie Despentes

Les femmes et hommes qui vous ont marqué...
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Silverring

Re: Virginie Despentes

Message par Silverring »

Aaaah ! Enfin quelqu'un qui l'a achevé !!!

Mais je vous aime aussi vous qui êtes en pleine lecture !! On va essayer de ne pas trop en dévoiler. ;)



Je peux te demander ce qui t'a "agacée" ?

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MamZelle
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Re: Virginie Despentes

Message par MamZelle »

oula... je vais faire la version abrégée, je suis nouvelle ici et je ne veux pas me faire des ennemies :mrgreen:
je vais essayer de dire ce qui m'a déplu sans révéler des aspects du livre pour celles qui ne l'ont pas lu.

l'intrigue : elle ne m'a pas intéressée. des passages sont tirés par les cheveux, surtout la fin que j'ai trouvée ridicule.
le style : très "air du temps", je n'ai pas accroché à l'aspect "djeun's", ça m'a gonflée. je ne suis pas une vieille peau pourtant, j'ai 24 ans.
le fond lesbien : déçue. je m'attendais à quelque chose de plus transcendant, de plus piquant et la provoc' gratuite de certains passages m'a effectivement agacée.

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"It is fatal to be a man or woman pure and simple: one must be a woman manly, or a man womanly."
Virginia Woolf, A room of one's own

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Arizona
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Re: Virginie Despentes

Message par Arizona »

Silverring a écrit : Heu, sinon, moi j'ai un manteau vert. Ça compte ?
Ah non, très chère, ce n'est pas pareil!! :P
Silverring a écrit : D'ailleurs, toi qui a commencé par l'essai, tu sais le pourquoi du titre du troisième avant de le lire. Ainsi que le sentiment de l'auteure sur le traitement du film par les prescripteurs. Alors ? Qu'en dis-tu à présent ?
Oui, je trouve très fort qu'elle ait reprise cette attaque pour en faire un titre avec Les Jolies choses!! C'est l'art de la répartie ironique comme j'adore!

En ce qui concerne le film, elle y répond très bien, en soulignant à quel point on refuse à la prostituée ou à l'actrice porno (je pense à Coralie Trinh Thi) toute capacité artistique ou même intellectuelle! Dès qu'une femme ose s'attaquer à la sexualité sur le même mode que les hommes, c'est l'attaque immédiate. Dans la même optique, j'ai beaucoup aimé le parallèle littéraire entre elle et Houellebecq et leur différence de traitement par les médias et les critiques littéraires : on laisse beaucoup plus de liberté de parole aux hommes sur la sexualité, considérant que c'est plus "normal et "compréhensible" que pour une femme:
Non, on ne décrit pas un auteur homme comme on le fait pour une femme. Personne n'a éprouvé le besoin d'écrire que Houellebecq était beau [...]. On aurait été extraordinairement violent avec lui, si en tant que femme il avait dit du sexe et de l'amour avec les hommes ce qu'il dit du sexe et de l'amour avec les femmes. A talent équivalent, ça n'aurait pas été le même traitement. Ne pas aimer les femmes, chez un homme, c'est une attitude. Ne pas aimer les hommes, chez une femme, c'est une pathologie. Une femme qui ne serait pas très séduisante et viendrait se plaindre de ce que les hommes sont infoutus de bien la faire jouir? On en entendrait parler de son physique, et de sa vie familiale, dans les détails les plus sordides, et de ses complexes, et de ses problèmes (King Kong théorie, p. 118).
Nous ne vivons que pour découvrir la beauté. Tout le reste n'est qu'attente.

Silverring

Re: Virginie Despentes

Message par Silverring »

Aaahhhh !
Bon je vous avais fair un super post avant que mon mobile ne m'offre un bug ordinaire. Prière d'excuser d'avance l'absence d'italique, je ne voudrais pas voir mes lignes se perdre à nouveau.

Comme on le l'a conseillé hier, je fais contre mauvaise fortune bon coeur : si j'avais poursuivi ma rédaction du début d'après-midi, j'aurais loupé Tomboy et c'eut été bien dommage.

J'en reviens donc au post de MamZelle :

Voilà qui est envoyé !
Me concernant, tant que tu n'évites pas le débat tu as toute mon estime, quels que soient les différences de point de vue.

Et justement, c'est marrant, j'ai un regard presque opposé. J'ai apprécié de retrouver la langue crue et quotidienne, dans le chapitre autour d'Y. par exemple. J'ai goûté cette façon d'entrer dans le personnage pour comprendre ce qui l'agite, les élans et pression souvent contradictoires. Le même travail autour d'autre personnage m'a laissée plus froide, peut-être justement parce que leur univers culturel, leur langue, avait comme un goût de poussière parfois. Je ne sais pas si ça tient plus à l'écriture qu'à mon regard ou inversement. Mais on l'avait vendu un road book et le déplacement m'a semblé arriver bien tard devant mon impatience.

Je crois savoir quelle scène tu évoquais. Et là encore, je l'ai reçue tout autrement : j'ai touvé ça jubilatoire ! C'est vrai quoi, après les scènes à la South of Nowhere, dans lesquelles on se caresse les mains à distance raisonnable et entièrement vêtues sur un lit bien fait... Ouf !
Ce n'est pas parce que les pratiques représentées ne sont pas le cas général qu'il faut les laisser au placard !
Et puis c'est pas comme s'il n'y avait aucun contenu en mode fleur bleue pour contrebalancer, montrer aussi une sorte de cloisonnement entre les deux...
Bref subversif oui, et encore, l'édulcorant est visible sur la même table, provoquant, je ne trouve vraiment pas. Tout dépend d'où on regarde, depuis conservatisme hetéropatriarcal ou en tant que greviste de la fabrique du genre ou de n'importe où ailleurs entre ces deux là ou au-delà...

Aller les lectrices on avale les pages pour remplir les blancs !!

C'est difficile d'évoquer la fin sans en dévoiler trop. Alors OK, ça arrive pas tous les jours, mais... Pourquoi pas ? J'ai trouvé ça propable pour ne pas dire autre chose. Ok trop de facteurs convergents tout ça mais bon, vive la liberté de la fiction !!
Modifié en dernier par Silverring le jeu. 28 avr. 2011 08:45, modifié 1 fois.

Silverring

Re: Virginie Despentes

Message par Silverring »

Ah, mon au moins toute aussi chère Arizona...

Trop aimable de reproduire de nouveaux extraits de l'ouvrage déjà phare dans ces pages.
C'est sur un autre pan du propos que je souhaite t'emmener. Les jolies choses, outre sa génèse en réaction à l'accueil de Baise-moi, porte un propos super fort sur la diversité l'appréhension de "la féminité". Et ce, avec des personnages des plus proches, tant physiquement que sur le plan de l'éducation reçue ou des réalités rencontrées : il s'agit de jumelles.
Alors ?

Merci de m'avoir rassurée sur mon manteau vert, j'y suis très attachée...

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clarice
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Enregistré le : sam. 12 févr. 2011 18:22
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Re: Virginie Despentes

Message par clarice »

Après ma découverte jubilatoire de VD à travers King Kong Théorie, j'ai poursuivi celle-ci avec son dernier roman, "Apocalypse Bébé". Et... j'ai de nouveau jubilé, souvent !!!

En fait j'ai été très impressionnée par son style (que les connaisseuses de ce forum semblent avoir vu évoluer) et par sa maîtrise de la narration. Là je parle forme, mais c'est une des chose que je vais retenir de ce livre. L'art avec lequel elle se glisse dans la peau de tant de personnages différents (et il y en a pas mal, c'est vrai), en les faisant s'exprimer chacun leur tour avec l'emploi du "je". Et cela m'amène forcémment au fond car cette variété incroyable de personnages que tant de choses opposent le plus souvent (classe sociale, sexualité, religion, éducation, héritage culturel...) nous livrent leurs regard sur la société avec souvent beaucoup d'ironie (moi j'adore !), d'humour, de violence, de lucidité... C'est cash et à travers la plume de VD, ça m'anime de nouveau ! Car de tout cela emerge une tendresse...

Etant très amatrice de road movie, je me suis aussi laissée embarquée sans aucune resistance et même avec plaisir...

La scène dont vous avez parlé plus tôt (je ne veux pas spoiler non plus mais je vais dire scène de groupe) m'a dérangée mais dans le bon sens j'imagine. Comme une fenêtre ouverte sur des pratiques qui me sont complètement étrangères et qui ne m'attirent pas du tout mais existent. Ca attise ma curiosité (tout comme celui de L au final) le temps de la lecture mais je suis heureuse quand la fenêtre se referme. Les détails sont livrés avec une telle froideur et une telle précision "chirurgicale" par VD que ça m'a fait sourire. J'ai l'impression que son but est de ne faire l'impasse sur rien, une liberté de ton totale sans souci de la façon dont cela est reçu et en cela c'est grandement réussi. Je ne le vois pas comme de la provocation.

Je ne peux pas trop parler de l'intrigue qui m'a passionnée presque tout au long du livre... Le presque implique effectivement un bemol. J'ai été déçue par la fin. Et même un peu avant la fin, mon intérêt s'est émoussé. Il y a dans le récit final une accélération qui part dans un romantisme exacerbé qui m'a déplu (pas à la hauteur du reste pour moi).
le doutage

Je suis un chien qui court, babines et oreilles au vent... j'irai jusqu'à la mer...
V.S

Silverring

Re: Virginie Despentes

Message par Silverring »

aaaahhh... clarice... Je vais te donner du très chère, ça va encore jaser ;)

Merci pour le monumental éclat de rire à la lecture de "scène de groupe". Excusez moi quelques secondes, j'ai encore besoin d'en rire un peu.

Ça va mieux...

Je tiens à préciser qu'encore une fois, ta contribution est si bien menée qu'on a bien envie de ne plus rien ajouter, pas vrai la lectrice silencieuse ? Oui, oui, c'est à toi que je parle ! Faut pas faire sa timide pour autant, hein. C'est pas parce que clarice poste de façon très complète qu'il faut se brider !
Pour la peine, je vais l'embêter...
Ça fait plaisir de lire que tu n'as pas reçu cette scène comme une provocation. Ce qui ma fait tiquer dans cette partie de ton post, c'est la presence de suite d'une mention de l'éloignement personnel des pratiques décrites.
Ayant encore entendu la Voix de Virginie Despenentes hier soir, aller, j'avoue :

les mercredis de mai 22:30, samedis 23h ou lundis 9h,
Salut les pédés s'enfile Despentes

Donc dans un des sons qui illustre le débat, elle interroge le fait que les femmes publiques semblent se sentir obligée de se defendre d'être féministes.
J'y vois le même genre de mouvement à un autre niveau. Oui, ça existe, rien de répréhensible, la liberté de chacun, tout ça, mais pas chez moi, hein...

Je vous en dirais bien plus, mais bon, z'avez qu'à écouter l'émission !!!
En plus dans la première, y'a une lecture des Chiennes savantes qui dévoile ce qu'on s'est retenu de raconter avec Clieuterpe... On va peut être se laissef aller sur ce sujet du coup ! Encore une heureuse, oui, à bas la frustration !!!
J'en reviens tout de même à Apocalypse bébé, concernant la fin. J'ai eu la sensation que tout était en place. La connaissance qu'on avait des personnages, à travers chaque chapitre/point de vue, constituait la mise en place des dominos. Une pichenette et tout s'enchaîne finalement.
Et j'avoue que j'ai apprécié cette rapidité. Impatiente de nature, j'avais parfois trouvé le temps long à regarder le décor se mettre en place.

Aller les autres, montrez-vous !!! Clieuterpe sera trop contente de vous trouver là et elle nous rincera à nouveau au bistrot !!
Modifié en dernier par Silverring le ven. 29 avr. 2011 18:11, modifié 1 fois.

mcr20200

Re: Virginie Despentes

Message par mcr20200 »

Bon, apparemment il ne faut pas être timide même aprés un post aussi bien écrit et dans lequel je retrouve beaucoup des choses qui m'ont traversée lors de mes lectures.
Puisqu'il s'agit de se faire rincer au bar par Clieuterpe, j'ose dépasser cette timidité...

Je commencerai, comme il se doit, par King Kong Théorie qui a mis à jour les blessures d'une guerre, d'un combat mené quelques années auparavant. Virginie Despentes a mis des mots sur des choses ressenties, pensées depuis longtemps et m'a fait me rappeler qu'une lutte est toujours en route. J'aime qu'elle dise que cette lutte ne se fait pas contre les hommes, mais avec eux contre un système culturel très bien assis.
"Il y a une prédisposition au masochisme mise en place par un système culturel. La morale judéo-chrétienne amène à penser qu'il vaut mieux être prise de force que pour une chienne qui aime le sexe"
"nous sommes formatées pour éviter le contact avec nos propres sauvageries"
Ces mots sont si criants de vérité que cela fait peur, mais il est bon (à mon avis) de nous les mettre en pleine face. C'est ce qu'elle sait faire, nous jeter la vérité nue au visage, sans état d'âme, comme un coup de poing, comme une claque.
Quelle audace aussi que ce parallèle fait entre le mariage et la prostitution, vas y Virginie!!!

Ce que je retiendrai de plus intéressant dans cet essai ce sont les moments où elle inclut les hommes dans la catégorie des victimes d'un système. Je n'ai jamais adhéré au féminisme des années 60/70 qui utilisent les codes de ce même système pour détruire les hommes, je trouve beaucoup plus intelligent et viable de parler d'une complicité possible pour repenser tout un système, une manière de penser. Sacré chantier.


Je viens moi aussi de finir Apocalypse Bébé et tout comme clarice, qui m'a d'ailleurs enlevé certains du clavier, j'ai beaucoup aimé.
Je suis moi aussi d'une nature impatiente et pourtant là j'ai apprécié la mise en place des personnages, de l'action, du décor. J'aime beaucoup cette forme de récit qui passe de l'enquête en elle-même au "je" d chacun des personnages. Les passages concernant La H et Y m'ont bouleversée de précision, comme des descriptions au scalpel. C'est tranché, comme à vif dans ce qui est vécu, ressenti par les personnages. J'ai été impressionnée par se capacité d'auteure à entrer dans l'intime de personnages aussi différents. J'ai eu de la tendresse pour C.
Pour ce qui concerne la fameuse "scène de groupe" mon côté voyeur rejoint celui que L finit par admettre et j'aurais aimé en "voir" plus. Je n'y ai rien trouvé de provocant et, comme dit clarice, il s'agit de pratiques qui existent et qui ne me choquent en rien.
J'ai tout aimé de ce livre, même certaines longueurs qui permettent parfois de respirer et de ne pas quitter les personnages trop tôt.

Silverring

Re: Virginie Despentes

Message par Silverring »

HOOOOUUUUURRRAAAA !!!

Après l'éclat de rire, espèce de cri de victoire... C'était trop bon de te lire ! J'ajoute l'ambiance musicale très à propos, comme par hasard : Dobacaracol - Amazone.

Je trouve que tu apportes pas mal de touches qui méritaient d'être au jour. Je pense aux rapports sociaux de sexe par exemple.
Mais aussi comment une bonne part du travail de Virginie Despentes peut entrer en raisonnance avec les parcours personnels et changer le regard qu'on porte sur un pan de son histoire, la société ou encore soi-même.
Elle donne à penser, à se penser et fournit en effet des pistes d'engagement. Par la posture "le personnel est politique", et pas que. Elle pointe les ouvrages du féminisme prosexe qui n'ont pas été traduits.
Ces questions sont d'une actualitë assez criante (je ne vais pas plus loin, ça va me contrarier).
Modifié en dernier par Silverring le ven. 29 avr. 2011 18:12, modifié 1 fois.

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Arizona
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Re: Virginie Despentes

Message par Arizona »

Chouette, je vais bientôt pouvoir participer sur Apocalypse bébé, j'ai enfin l'ouvrage en main après maintes recherches infructueuses. Silverring, tu seras ravie d'apprendre que sur 29 exemplaires disponibles dans les bibliothèques de Lyon, tous étaient empruntés :shock:
Silverring a écrit : C'est sur un autre pan du propos que je souhaite t'emmener. Les jolies choses, outre sa génèse en réaction à l'accueil de Baise-moi, porte un propos super fort sur la diversité l'appréhension de "la féminité". Et ce, avec des personnages des plus proches, tant physiquement que sur le plan de l'éducation reçue ou des réalités rencontrées : il s'agit de jumelles.
Alors ?
Alors oui, Claudine ultra-féminine/Pauline l'inverse complet au début. La féminité comme construction culturelle donc. Pour le plaisir et parce que les clichés, c'est trop bon:
Mais cette salope s'est carrément fait un look de gouine...y en a que rien ne dégoute (Les Jolies choses, p. 30)

Et la démonstration du changement stratégique de Pauline, soumission inévitable au commencement de l'intrigue puis volonté de plus en plus forte de domination sur les hommes grâce à cette soumission apparente par la suite.

Bon, et après tu m'emmènes où? C'est un message subtil pour ne pas que je débarque chez toi en robe? :?
Nous ne vivons que pour découvrir la beauté. Tout le reste n'est qu'attente.

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