J'ai un avis plutôt positif, à un gros gros "détail" près. Je connaissais déjà les livres jeunesse de Muriel Douru en ayant fait mon mémoire de lettres sur le sujet.
J'ai aimé le regard qu'elle porte sur l'homoparentalité, ses espérances et ses difficultés. Les réactions de l'entourage sont particulièrement intéressantes, entre la grand-mère réticente au début puis qui soutient pleinement le couple et surtout ce curé progressiste dont l'ouverture d'esprit m'a bluffée, surtout au vu de ce qu'on entend souvent sur les mauvais rapports entre religion et homosexualité!
J'ai trouvé son témoignage à la fois enthousiasmant et lucide, que ce soit dans les phases de découragement ou les inévitables questions que son projet suscite, tout comme la réflexion sur le rôle du repère masculin et de son absence. J'ai eu l'impression d'être plongée en plein dedans : la joie quand elle tombe enfin enceinte, l'émotion des premières pages avec l'accouchement...
Son livre m'a paru engagé, n'hésitant à dénoncer nommément les personnalités homophobes ou à mettre en avant les pionniers combattant pour l'égalité des droits, comme l'avocate Caroline Mécary. La réflexion inévitable sur l'idée de "conformité" m'a également plue, soulignant que les homosexuels ne copient pas la norme ou ne cherchent pas à faire un enfant pour y entrer mais qu'ils écoutent simplement un désir profond et largement répandu.
Et en plus de ça, le livre se lit comme une lettre à la poste avec ses petits chapitres, le style est solide, le vocabulaire clairement expliqué et il y a un coté pédagogique que j'ai beaucoup aimé (sur l'importance de la délégation parentale par exemple).
Bref, je n'ai rien trouvé à redire sur l'homoparentalité. Mais alors sur l'homosexualité elle-même, j'ai failli m'étouffer en lisant des choses telles que :
Je suis convaincue que l'homosexualité n'est pas qu'une donnée biologique et que certains décident délibérément de la vivre [...]Ce sont les rencontres et la curiosité qui ont fait de moi une lesbienne plutôt qu'une hétérosexuelle. [...]. Si j'en avait rencontré un seul [d'homme] capable de me comprendre et de me satisfaire comme une femme, ma vie aurait sans doute été différente (p.23).
ou, et je trouve que c'est la pire de toutes :
Je ne suis pas lesbienne par rejet des hommes, je le suis surement par déception d'eux (p. 30).
Après, je en sais pas ce que vous en pensez, mais ma conception de l'homosexualité est diamétralement opposée. Ce que dit Muriel Douru, qui a quand même une parole de poids et reste une auteure lesbienne assez largement lue, renforce tous les préjugés sur la lesbienne qui se retourne vers les femmes "par défaut", après avoir eu de malheureuses expériences masculines. Je ne sais pas si l'homosexualité est entièrement biologique, ça me semblerait peut être excessif, mais pour moi ce n'est pas du tout un choix!!
Alors, pourquoi ne pas considérer que la famille, elle aussi, est une affaire de choix? (p.23)
Du coup, à cet endroit, son argumentaire, sans doute employé dans une otique bienveillante pour soutenir son combat pour l'homoparentalité, perd énormément de son impact, c'est dommage. Que l'envie de fonder une famille soit un choix, ça me parait évident, mais l'utiliser pour en faire un parallèle avec le choix que serait l'homosexualité de départ, non!!!