Bon, un film historique, centré a priori sur
Marie-Antoinette, avec la magnifique et l'intelligente Diane Kruger, qui ne néglige pas les relations féminines de la Reine, c'était évidemment beaucoup plus que tentant... Je me disais qu'il était à peu près impossible d'être déçue...
Le résultat est plus que mitigé. Ce n'est pas du tout un mauvais film : tourné en décors authentiques avec une belle lumière, de beaux costumes, de bonnes actrices (j'ai revu avec beaucoup de plaisir Marie-Julie Parmentier qui m'a semblé ne pas avoir vieilli du tout depuis
Les Soeurs Papin qui doivent pourtant bien avoir dix ans...

), on ne peut pas passer de mauvais moments. Mais le temps m'a semblé bien long et l'histoire bien vide.
C'était ma première réaction après avoir vu le film. Mais je me demandais pourquoi cela ne m'avait pas davantage accroché. Et je crois avoir trouvé. Je pense que ce film a tort de nous présenter Marie-Antoinette ainsi et qu'il trahit une fois encore la représentation qu'on pouvait se faire de cette Reine.
Ce qui a marqué les observateurs et contemporains de Marie-Antoinette, ceux qui l'ont aimé bien sûr, c'est que Marie-Antoinette, reine frivole, volage, dépensière, insouciante, inconsciente, se transforme en animal politique dès le début de la Révolution. Contrairement au roi Louis XVI, elle comprend immédiatement ce qui menace la royauté. Elle comprend qu'il s'agit d'une révolution. Stefan Zweig qui a écrit une magnifique biographie de sa compatriote explique très bien que se réveille en elle enfin cet instinct. Il écrit qu'elle devient aussitôt le principal ennemi de la Révolution et la principale menace pour les Patriotes. Louis XVI n'inquiète pas. Il n'existe pas et n'a pas d'importance. Il peut être mené. Pas elle.
C'est donc le moment où le film devrait montrer qu'elle se transforme enfin en Reine. Le moment où elle fait passer ses caprices après et où elle pense d'abord à sauvegarder les siens. Or, le problème justement, c'est que dans ce film, Marie-Antoinette ne se transfigure pas. Elle ne se dépasse pas. Elle est montrée comme une prisonnière, une amante qui n'est qu'une poupée instrumentalisée par sa passion pour la Polignac et prête à manipuler comme un pantin la seule qui lui porte un amour sincère. Femme enfant, échevelée, démaquillée, pieds nus, malheureuse, elle n'est plus qu'une femme parmi d'autres.
C'était une représentation possible. C'est d'ailleurs la tendance actuelle : Thatcher est une femme avant tout elle aussi dans le film qui lui est consacré et où Mery Streep fait, paraît-il, une prestation exceptionnelle. Un rôle qui lui a valu un oscar. Un homme comme un autre, c'est également ainsi qu'apparaît Edgar Hoover sous les traits de Leonardo di Caprio.
Bon, soit, très bien, mais après...
Dans ce film, tout est déréalisé : la Révolution française entre de biais, par les rumeurs colportées, le libelle qui circule de 286 aristocrates à décapiter en priorité, la rencontre dont on ne verra rien au final entre le "peuple" de Versailles et son roi. Certes, le couple royal était isolé mais l'univers de la Reine est rendu bien mince. Un Palais vide dès qu'on est dans les appartements royaux, un Palais parcouru par des fous et des fantômes dans les parties qui servaient à domestiquer et loger la noblesse.
Bref, je ne me suis pas sentie plus proche de la Reine, je n'ai pas mieux compris ses ressorts intimes, je n'ai rien vu de sa vie même limitée à trois petites journées. Dommage...
