[Film] Albert Nobbs

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Silverring

Re: [Film] Albert Nobbs

Message par Silverring »

Tu le dis dans ton post, d'une certaine façon : tu es passée à côté de ce film du fait de ce que tu es. Tu raisonnes avec l'énergie qui est la tienne alors que ce qui émane du personnage semble de rester étranger. Albert Nobbs est le personnage central de ce film. En est-ce le héro ? Hubert page a une toute autre carrure en la matière. Pourtant, le film se focalise ailleurs, et cela me semble bienvenu. Pourquoi les films devraient toujours montrer des caractères hors du commun, héroïques ?! Si Albert Nobbs te paraît présenter un tempérament étrange, il m'évoque à moi par bien des façon, tout un tas de personnes que j'ai pu croiser. Des gens bien sous tout rapport, parfaitement insérés et aptes aux tâches qui étaient les leurs. Inquiets de perdre leur position sociale, et parfois prêts à bien des sacrifices pour la conserver, sans s'interroger sur leurs identité, besoins, ou désirs profonds.
Modifié en dernier par Silverring le sam. 24 mars 2012 02:09, modifié 1 fois.

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clarice
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par clarice »

Effectivement, on a des manières bien différentes d'appréhender ce film ! :)
Isabelle B. Price a écrit : Ensuite il lui possède un côté terriblement égoïste qui en plus de cette mollesse n'a pas aidé à me le rendre aimable. La manière dont il ne connait pas les gens qui l'entourent mais dont il souhaite les utiliser (son rêve d'épouser LA femme souriante, belle et insouciante qui tiendrait le tabac parfaitement et séduirait la clientèle est égoïste) m'a éloigné du personnage.
Je comprends tout à fait qu'on puisse le percevoir comme égoïste... Mais de son point de vue, je pense que c'est bien autre chose. Le meilleure moyen pour ne pas que les autres te posent de questions c'est de ne pas leur en poser, donc de ne pas t'intéresser à eux. En agissant ainsi durant toute sa vie, pour préserver son secret, il s'est retrouvé piegé dans une forteresse imprenable. Lidée de l'épouse qui tiendrait le tabac et se retirerait dans la pièce attenante pour coudre au coin du feu est tellement caricaturale que j'y vois la projection d'un être devenu presque autiste à force de ne vivre "qu'en lui-même". J'ai trouvé cela pathétique... et venant d'un être si naïf, ça m'a émue...
Isabelle B. Price a écrit : Quand à l'absence de questionnement sur l'orientation sexuelle, je maintiens que pour moi c'est être passé à côté de quelque chose. On peut jouer la carte de l'immaturité émotionnelle et physique et du côté asexué du personnage sauf que pour moi c'est un ressort facile pour rester dans le politiquement correct et ne pas aborder de sujets qui peuvent potentiellement fâcher. Soyons honnête, tu es victime d'un viol barbare par plusieurs garçons, tu passes ta vie à te faire passer pour un homme, tu rencontres un couple de femmes heureuses qui sont proches physiquement et tu ne t'interroges pas sur la douceur des caresses d'une femme ou même sur la sensation que le fait de l'avoir sur tes genoux peut te procurer ? Justement c'est là où tu devrais pouvoir envisager autre chose que ce que tu as connu, non ?
Non... Le personnage d'Albert Nobbs est présenté comme clairement asexuel d'après-moi et c'est une orientation sexuelle qui exclut tout désir, toute attirance sexuelle pour un autre sexe, quel qu'il soit. (Les gens qui se revendiquent de cette orientation sexuelle, se disent heureux et aimeraient que tout le monde le sache et l'accepte sans y voir un quelconque dysfonctionnement.)
Je vais faire ma VIrginie Despentes mais : "Il n'y a pas assez de films avec des personnages asexuels ... " :lol:
(ah, non ça vas pas le faire je crois... VD = pro-sexe donc :arrow: :mrgreen: )
Finalement, je trouve intéressant qu'on nous montre un tel personnage. Dans notre société actuelle si sexualisée. l'asexualité intrigue. Je me dis que, le voir se réveler dans des relations lesbiennes apres sa rencontre avec Hubert Page, là aurait peut-être été la facilité... C'est ce qui me le rend si touchant, sa singularité...
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Isabelle B. Price
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par Isabelle B. Price »

Je ne pense pas être passé à côté du film uniquement à cause de ce que je suis, Silverring, mais aussi parce que pour moi, ce dernier a été rendu perméable par le réalisateur. Je pense qu'effectivement, une partie sera touchée, comme Clarice et toi et une partie ne le sera pas, à mon image.

Je n'ai pas dit que c'était un mauvais film, il contient de très belles réussites je ne l'ai jamais nié. Mais au delà de ça, sans faire de tous les personnages de livres ou de films des supers héros, je pense que pour faire une belle histoire tu dois avoir quelque chose à raconter. Or là, ce qui est raconté est mince comme du papier à cigarettes pour moi. Une femme qui a été violée, qui se travesti en homme, qui amasse de l'argent et qui rêve d'ouvrir un tabac tout en ne se posant aucune question ou en n'ayant aucun désir. Tout ça pendant 1h50, c'est long. Mais je reconnais que ça n'engage que moi.

Et Clarice, j'avoue, tu m'as appris un truc, je ne pensais pas que les asexuels existaient réellement. J'ai fait de toutes petites recherches et si. Je ne dirais pas que c'est une orientation sexuelle vu que dans un article il y a en a qui dit qu'il est "asexuel-bisexuel" (http://www.ellequebec.com/amour/les-ase ... /a/25978/2) Personnellement j'ai toujours considéré le sexe comme un besoin physiologique mais ça doit être que je traîne aussi trop à l'hôpital. Bref... Mais n'empêche, s'il est asexuel, ça ne l'empêche quand même pas de se poser des questions, non ? Surtout quand il voit que tout le monde autour de lui s'envoie en l'air et que la femme qu'il convoite est enceinte. Trop d'opacité tue le mystère je trouve.
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par Silverring »

Cette petite recherche ne t'a apparemment pas permis de regarder les choses sous un autre angle. Il y a des tas de chemins de vie qui peuvent amener des individus à refouler et ignorer certains désirs et/ou besoins. Le film montre bien que les existences des personnages secondaires sont plus agitées que celle de A.Nobbs. Comme clarice, je pense que sa discrétion, son calme, participent de la nécessité de protéger son secret : surtout, ne pas faire de vague. Là est sa première préoccupation. Vouloir interagir avec d'autres et éventuellement aller vers une relation intime est simplement impossible puisque personne ne doit/peut savoir ce qu'iel cache. Sans la rencontre d'Hubert Page, le projet d'achat du petit commerce se serait fait en solo.

Ce n'est pas parce qu'on observe que le monde autour de soi tourne souvent sur l'axe du désir qu'on comprend de quoi il s'agit, ni qu'on est capable de se savoir secoué par les mêmes élans.

Dans un autre genre de rapport à la sexualité, je conseille à nouveau la lecture d'un des premiers Despentes : Les chiennes savantes

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clarice
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par clarice »

Silverring a écrit :Cette petite recherche ne t'a apparemment pas permis de regarder les choses sous un autre angle. Il y a des tas de chemins de vie qui peuvent amener des individus à refouler et ignorer certains désirs et/ou besoins. Le film montre bien que les existences des personnages secondaires sont plus agitées que celle de A.Nobbs. Comme clarice, je pense que sa discrétion, son calme, participent de la nécessité de protéger son secret : surtout, ne pas faire de vague. Là est sa première préoccupation. Vouloir interagir avec d'autres et éventuellement aller vers une relation intime est simplement impossible puisque personne ne doit/peut savoir ce qu'iel cache. Sans la rencontre d'Hubert Page, le projet d'achat du petit commerce se serait fait en solo.

Ce n'est pas parce qu'on observe que le monde autour de soi tourne souvent sur l'axe du désir qu'on comprend de quoi il s'agit, ni qu'on est capable de se savoir secoué par les mêmes élans.

Dans un autre genre de rapport à la sexualité, je conseille à nouveau la lecture d'un des premiers Despentes : Les chiennes savantes
Je n'ai rien à ajouter de plus que Silverring ... :ugeek:
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edwine
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par edwine »

Très intéressante votre discussion sur Nobbs.
Intéressante parce que ça m'a amené à reconsidérer la critique que je m'étais faite de ce film.

D'abord, j'insiste sur le fait qu'il y a de belles réussites dans ce film et que tout le monde est d'accord pour les reconnaitre. Il y a un univers, de supers décors, de bons acteurs, un scénario a priori intéressant.

Quand on découvre le pitch on s'imagine le tour de force que ça devait être pour une femme de réussir à se faire passer pour un homme, et du coup dès le début - mais je reconnais que c'est la conclusion hâtive que j'avais tirée - on imagine certes la crainte permanente dans laquelle elle doit se trouver, mais on s'imagine également que ça doit être une personne assez péchue pour avoir les c... de faire ça ! Et puis non, elle s'avère être une sorte de personne psychorigide qui a renoncé à tout pour atteindre son but et qui du coup, pour ne pas faire de vagues, ne fait rien. Alors c'est plausible aussi, ça fonctionne aussi et ça peut se comprendre. C'est juste que dans un souci de réalisation il faut garder le même esprit pour être cohérent. Du coup la narration devient presque aussi molle que Nobbs avec des plans longs et peu bavards... Encore une fois c'est un choix très justifié, c'est un style de cinéma qui plaît à certains mais je dois avouer que j'ai commencé à décrocher à ce moment là parce que: tu peux être peu bavard et enchaîner des plans longs, si ceux-ci sont variés ou laissent vraiment ressentir en filigrane un changement, alors ça devient immensément riche et d'autant plus fort car plus que de faire passer un message avec des mots, le film te le fait ressentir. Et là, à part nous faire ressentir l'ennui de la vie de Nobbs... (donc soyons d'accord c'est réussi puisque l'on ressent cet ennui et ce morne de sa vie, mais on est quand même en droit d'attendre du divertissement quand l'on va au cinéma aussi). D'autres films ont beaucoup mieux réussit dans cet esprit là malheureusement.

A côté de ça vos posts étaient super intéressants car ils m'ont amené entre autre à réfléchir sur ce côté asexué et c'est vrai que dès le départ Nobbs ne peut exister en tant qu'homme sans renoncer à toute forme d'amour charnel (enfin selon la psychologie de Nobbs finalement, car ce n'est pas le choix d'Hubert et cela fonctionne aussi, preuve que notre héros aurait pu être tout autant consistant en ayant un peu plus d'humanité - quoique le choix artistique de la personnification du renoncement à soi poussé à l'extrême reste viable et réussit côté réalisation). Mais je me dis quand même que cela confirme mon sentiment et mon avis négatif sur ce film:
- certes il peut alimenter de passionnantes conversations, du coup on peut dire qu'intellectuellement il touche quelque chose du doigt et qu'il représente un parti pris bien fouillé (et encore je dis "bien fouillé" côté réalisation mais pas côté psychologique parce que le personnage s'enfonce souvent dans la caricature, et pour illustrer cela je ne retiendrais que le rare fruit de ses réflexions "dois-je lui dire avant ou après l'avoir épousée" et là j'avoue que même si je pars pas spécialement à la recherche de la qualité de la représentation LGBT dans les films quand j'en regarde, là je me suis dit que c'était un drame).
- on tombe quand même dans la caricature et on n'évite pas l'ennui
Tout ça pour conclure que le film ne remplit pas une des deux fonctions principales que doit se donner pour but une oeuvre cinématographique: avoir de la consistance et divertir (considérant que divertir passe par d'autres voies que celles de l'intellectualisation).
Vu cet échec j'ai été très déçue par le film.

Et puis il y a autre chose, mais ne bondissez pas parce que ça ne sera pas une critique constructive ça n'engage que mon goût personnel: je n'en peux plus de voir des éternelles victimes (quand bien même ce serait justifié et qu'il y aurait une bonne explication à ça) qui se laissent faire et taper dessus et qui en redemanderait presque. Ca génère en moi une réaction épidermique et je deviens insensible à ça car la victime ne fait rien pour s'en sortir, elle se complait dans son statut. Bon ce qui est déjà bien c'est qu'elle ne s'en plaint pas mais quand même ça me donne une envie irrépressible de lui mettre des baffes ou de la secouer et j'aime pas me sentir comme ça. Dans le même genre on avait Björk dans Dancer in the Dark je sais pas si vous l'avez vu mais c'est un peu pareil ça énerve. Donc voilà un choix légitime côté réalisation mais qui ne me touche pas mais alors pas du tout, et je ne pense pas être la seule dans ce cas.
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edwine
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par edwine »

Juste une remarque concernant l'intervention de Silverring, ton point de vue donne un éclairage intéressant et une théorie qui est tienne et qui m'a particulièrement fait réfléchir. Ce topic était vraiment agréable à lire et pour moi ressemble à ce à quoi un topic exemplaire devrait ressembler: belle variété de points de vue et arguments profonds.

En revanche, ta remarque selon laquelle "on passe à côté du film à cause de ce que l'on est" (je m'inclue parce que je partage la déception d'Isa) me parait bizarre. Déjà il est légitime que nous ayons tous des sensibilités différentes qui donnent lieu à des réceptions différentes et personnelles de l'oeuvre d'art. Il n'est donc pas forcément nécessaire de rappeler l'entrée en ligne de compte de cette contingence qui est propre à chacun de nous. Certes on peut développer l'idée selon laquelle on pourrait passer à côté d'une oeuvre à cause de la particularité de notre regard mais c'est un cas extrême dans lequel, à mon avis on ne rentre pas car on essaie néanmoins de faire la part des choses.
Mais en dehors de notre sensibilité il ne faut pas oublier que les oeuvres portent des qualités objectives, qui doivent, pour être étudiées, faire l'objet d'un affranchissement de notre propre subjectivité. Lorsque l'on fait la critique d'un film on doit toujours exprimer ces deux aspects, et à moins d'en nier les qualités objectives reconnaissables par tout un chacun et donc d'être de mauvaise foi, on ne peut pas passer à côté d'une oeuvre. En ce sens, "on ne passe pas à côté" du film, "on aime pas un film pour x ou x raisons", raisons dans lesquelles la subjectivité et les affects entrent forcément en compte sans qu'il ne doive y avoir conflit d'intérêt, et sans que ça ne fasse l'objet d'une remarque: c'est tout à fait normal et légitime.

Je crois que le seul moyen de passer un côté d'un film (sans donner non plus une liste exhaustive) serait d'en nier les qualités, ou d'en faire une critique pour de mauvaises raisons ou en faisant preuve de mauvaise foi, ce qui, je pense, n'est pas notre cas. On ne peut pas contrôler le fait d'être touchées ou non, et n'avons pas à rougir du fait que ça ne fut pas le cas pour Albert Nobbs.
Et puis, sauf preuve du contraire, les avis sont globalement mitigés pour Albert Nobbs, on ne parle pas d'un film reconnu comme étant unanimement un chef d'oeuvre, donc je ne crois pas qu'en fait il y avait grand chose "à passer à côté de", mais ça c'est une question qui n'a pas sa place ici car chacun à le droit d'aimer ce qu'il veut.
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Silverring

Re: [Film] Albert Nobbs

Message par Silverring »

Justement, un truc aussi énorme que : "dois-je lui dire avant ou après l'avoir épousée ?", montre clairement que la volonté de copier le modèle offert par Hubert Page vise à uniquement à poursuivre l'assise de son personnage d'A.Nobbs. Cela ne vient pas d'un désir ou de son affection pour la blondinette, mais simplement de cette aspiration à une vie rangée, modèle de conformisme, de réussite sociale dans son esprit.
Nan mais franchement, iel se pose cette question sans s'inquiéter du consentement de la demoiselle déjà, vous vous rendez-compte de combien iel est loin des réalités que vous évoquez ?! Dans son esprit, il ne s'agit d'enchaînements d'éléments factuels, aucun élan sensuel n'est présent dans sa représentation du fauteuil devant la cheminée.

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edwine
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par edwine »

Je ne l'avais pas vu comme ça, c'est intéressant.
Mais si c'est ça je l'aime encore moins car de mon point de vue, c'était une sorte de désir de se "re-sexuer" qui s'emparait d'elle/lui, un besoin d'amour quelque part, dont tout être humain a à priori besoin. En quelque sorte il montrait enfin des signes "d'humanité", je mets des gros guillemets à humanité j'espère que l'on se comprendra dessus, je voulais dire par là qu'on pouvait entrer en sympathie avec lui et ses problèmes et avoir de l'espoir quant-à sa possible relation amoureuse et entrevoir pour lui quelque part le bonheur.
Plus j'y réfléchis et plus je me dis que ton interprétation est peut-être la bonne: la jeune fille devient juste un moyen de le faire parvenir à ses fins, fin matérialisées par le désir de renvoyer une image sociale idéale (sans forcément penser aux conséquences en pratique ou du moins très rapidement et de manière très déconnectée de la réalité avec la fameuse question du "dois-je lui dire").
Ca le rend moins attachant, mais d'un côté ça lui enlève un peu d'imbécilité, il semble moins niais du coup.
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Bee
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Re: [Film] Albert Nobbs

Message par Bee »

Quel débat passionnant à lire : décidément, ce film soulève des questions fascinantes ! Pour que ma position soit la plus claire possible, disons que je fais partie de celles qui ont beaucoup aimé le film. Mais ce n'est pas à cause des costumes, de la restitution du XIXe siècle ou de la prestation de Glenn Close. Ces aspects évacuent à mon sens ce qui fait la force du film et empêchent de voir sa nouveauté.
D'abord, très clairement, ce n'est pas un film lesbien mais ce n'est pas étonnant. Non pas parce que c'est un film hollywoodien, mais parce que le travestissement n'est pas le signe d'une homosexualité ni d'ailleurs de transsexualité. C'est une confusion trop fréquente. Rappelez vous dans The L-Word : Kit Porter se fait draguer par un travesti qui fait des performances dans son club très ouvert à la communauté gay. Elle n'arrive pas à imaginer que le gars qui se cache derrière ces robes délirantes et se perche sur des talons de 10 cm en pince en fait pour elle car il est à 200% hétéro.
Ensuite, vous n'allez pas me dire qu'il faut condamner Albert Nobbs parce que son moteur premier dans l'existence est d'amasser de l'argent pour devenir propriétaire et petit patron ? L'argent est un moteur puissant des actions humaines et peut être bien plus puissant que tous les autres. Ne soyons pas naïves ou trop fleurs bleues.
Le XIXe siècle permet de montrer que pour être reconnu dans la société, quel que soit son sexe, il faut se conformer aux normes. Albert ne les questionne pas, ne les conteste pas. Il m'a beaucoup fait pensé à un autre personnage qu'on peut trouver très agaçant dans un film désormais un peu ancien : les Vestiges du Jour. Il occupe d'ailleurs la même place qu'Anthony Hopkins alors : celle d'un majordome soucieux de convenances, incapable de vivre pour lui-même. Cet aspect a été peu souligné : c'est un domestique. Un être soumis. Il est à peine un homme dans cette société et n'a pas le droit de vote. C'est un fantôme. Il mène une vie parallèle à celles des autres qui ont toujours l'air d'être plus "vivants" que lui.
Que la sexualité soit secondaire dans sa vie et que cela semble inconcevable à un public actuel est fascinant. Mais rappelons que nous ne nous définissons par rapport à une sexualité que depuis le XIXe siècle dans les pays occidentaux. C'est à cette époque que les mots d'homosexualité d'abord puis d'hétérosexualité font leur apparition. Je ne suis pas si sûre que le sexe dont on a fait une norme de classement ne supporte pas elle aussi des exceptions. Ce qui est vital est la libido. Or celle de Nobbs est totalement dans l'idée d'acquérir sa boutique...
Voilà ma petite pierre à la discussion. :D

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