Je continue sur ma lancée...
La bonne surprise a été pour moi la lecture de
La Fille aux yeux d'or de Balzac. C'est un roman mineur de la
Comédie humaine, mais on y trouve l'amour jaloux de la marquise de San-Real pour Paquita, la fille aux yeux d'or. C'est une relation de domination, mais parfaitement inattendue, je trouve. L'histoire principale est entre le héros (de Marsay) et Paquita. Il s'agit d'un coup de foudre banal. Mais Paquita vit enfermée dans l'hôtel de la marquise et y a développé des "vices" (le mot est dans le texte).
Le problème, évidemment, c'est que ça finit mal : la marquise découvre que sa protégée voit un homme en cachette et la tue dans un geste de folie qui signe le crime passionnel. Voici l'extrait le plus explicite de l'amour malade (pervers) de la marquise pour Paquita :
"La Fille aux yeux d’or expirait noyée dans le sang. Tous les flambeaux allumés, un parfum délicat qui se faisait sentir, certain désordre où l’oeil d’un homme à bonnes fortunes devait reconnaître des folies communes à toutes les passions, annonçaient que la marquise avait savamment questionné la coupable. Cet appartement blanc, où le sang paraissait si bien, trahissait un long combat. Les mains de Paquita étaient empreintes sur les coussins. Partout elle s’était accrochée à la vie, partout elle s’était défendue, et partout elle avait été frappée. Des lambeaux entiers de la tenture cannelée étaient arrachés par ses mains ensanglantées, qui sans doute avaient lutté longtemps. Paquita devait avoir essayé d’escalader le plafond. Ses pieds nus étaient marqués le long du dossier du divan, sur lequel elle avait sans doute couru. Son corps, déchiqueté à coups de poignard par son bourreau, disait avec quel acharnement elle avait disputé une vie qu’Henri lui rendait si chère. Elle gisait à terre, et avait, en mourant, mordu les muscles du cou-de-pied de madame de San-Réal, qui gardait à la main son poignard trempé de sang. La marquise avait les cheveux arrachés, elle était couverte de morsures, dont plusieurs saignaient, et sa robe déchirée la laissait voir à demi-nue, les seins égratignés. Elle était sublime ainsi. Sa tête avide et furieuse respirait l’odeur du sang. Sa bouche haletante restait entr’ouverte, et ses narines ne suffisaient pas à ses aspirations. Certains animaux, mis en fureur, fondent sur leur ennemi, le mettent à mort, et, tranquilles dans leur victoire, semblent avoir tout oublié. Il en est d’autres qui tournent autour de leur victime, qui la gardent en craignant qu’on ne la leur vienne enlever, et qui, semblables à l’Achille d’Homère, font neuf fois le tour de Troie en traînant leur ennemi par les pieds. Ainsi était la marquise. Elle ne vit pas Henri. D’abord, elle se savait trop bien seule pour craindre des témoins ; puis, elle était trop enivrée de sang chaud, trop animée par la lutte, trop exaltée pour apercevoir Paris entier, si Paris avait formé un cirque autour d’elle. Elle n’aurait pas senti la foudre. Elle n’avait même pas entendu le dernier soupir de Paquita, et croyait qu’elle pouvait encore être écoutée par la morte.
— Meurs sans confession ! lui disait-elle ; va en enfer, monstre d’ingratitude ; ne sois plus à personne qu’au démon. Pour le sang que tu lui as donné, tu me dois tout le tien ! Meurs, meurs, souffre mille morts, j’ai été trop bonne, je n’ai mis qu’un moment à te tuer, j’aurais voulu te faire éprouver toutes les douleurs que tu me lègues. Je vivrai, moi ! je vivrai malheureuse, je suis réduite à ne plus aimer que Dieu ! Elle la contempla. — Elle est morte ! se dit-elle après une pause en faisant un violent retour sur elle-même. Morte, ah ! j’en mourrai de douleur ! La marquise voulut s’aller jeter sur le divan accablée par un désespoir qui lui ôtait la voix, et ce mouvement lui permit alors de voir Henri de Marsay".
Bon, je ne suis pas sûre de servir mon topic avec ce deuxième post, mais sait-on jamais...
