[Film] Mulholland Drive

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birdy-beast
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par birdy-beast »

Je l'ai vu ya quelque mois avec une amie.. Il m'a vraiment... accrochée, j'étais abasourdie, comme quand on s'prend un gros coup de point et que quelques minutes après on se réveille par terre et on se dit "Quoi....?"
Et ces deux femmes, tellement touchantes et attachantes.

Je vois que le réalisateur l'a expliqué, enfait! (dans une interview il a dit "parfois, même moi je ne les comprend pas") Ce que j'aime avec ses films (en plus du flou de l'espace/Temps) c'est que chacun peut donner une interprétation, toujours valable.
Je n'ai réussi à expliquer ma vision des choses qu'avec un schéma.. Mais je tente quand même:
Enfait, pour moi, le film se découpe en 2 parties, la rupture entre les 2 est symbolisée par de la boîte bleue.

1ère partie: je la verrais comme une nouvelle "chance" accordée à la blonde (les couleurs de cheveux c'est plus simple) mais dans cette partie ce serait la brune le personnage principale. Cette première partie serait expliquée dans la deuxième, en ouvrant la boîte. Mais le présent et le passé s'entremêlent avec la découverte du cadavre de la blonde. Donc éternel renouvellement? Mélange surnaturel? Ou peut être tout simplement, cette première partie serait le "rêve" de la blonde qui est déjà morte.

Là, elle découvre la boîte, l'ouvre.
2: c'est à travers les yeux de la blonde que l'on voit les choses. Elle est éperdument amoureuse de la brune. La brune, elle, elle est désirée de tous, belle, séductrice, forte.. donc forcement, elle détruit la blonde, la ruine. La blond frôle avec la folie à cause de cet amour qui la consume donc, dans un élément passionnel elle paie le tueur à gage du début pour qu'il se charge de la brune. (ça foire, dans l'accident.. alors on peut penser qu'il y aurait un dédoublement du personnage de la blonde) La blonde n'arrive pas à oublié la brune, rongée de remord et de passion, elle se flingue (et là, renouvellement éternel avec le cadavre)

La bête qu'on voit un moment dans le film, pour moi, c'est soi la blonde qui omniprésente [car c'est son histoire que le film raconte] mais devenue monstrueuse à cause de la passion pour la brune. Soit Dieu ou le diable, qui détient tout les secrets [de l'espace/temps, en l'occurrence].

Et pour vous??
J'ai rendu les armes face à Son éclat...

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oze
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par oze »

Autant, j'aime me prendre la tête certaines fois, autant là j'ai eu du mal, j'ai pas du tout accroché, mais j'ai toujours eu du mal avec David Lynch.
Des très belles scènes, mais j'ai besoin d'être un peu plus guidé quand je vois un film... (ça doit être mon côté feignant)
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Redflower
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par Redflower »

Alors j'ai bien aimé ton commentaire Birdy, il me donne envie de réfléchir un peu plus sur ce sujet et je vais essayer de te donner mon interprétation. Voilà ce que j'aime dans ce film : peu de gens le voient de la même manière, et on trouve toujours un nouveau détail qu'on n'avait pas remarqué, etc à chaque visionnage. Peu de films peuvent s'en vanter. Ce film je l'ai vu au ciné, et j'en suis ressortie à la fois fascinée et troublée car je n'avais pas tout compris...! Dès sa sortie, je me suis ruée sur le dvd histoire de tenter de comprendre un peu mieux l'histoire. Bon par contre je ne me souviens pas de tout, ça fait un moment que je ne l'ai pas vu, mais je vais essayer de vous donner ma version.

Pour moi aussi, le film se découpe en deux parties séparées par la boîte bleue, la boîte bleue c'est la clef. Par contre je n'en donne pas la même explication que toi.

La première partie, je la considère comme une sorte de rêve-délire de Bette/Diane juste avant de mourir. Elle vient de se tirer une balle et est en train d'agoniser dans son lit, et là elle rêve que sa vie se serait déroulée d'une autre manière, une autre vie dans laquelle tout lui aurait réussi : elle aurait eu Rita/Camilla, elle aurait eu du talent, elle aurait été appréciée de tous, une belle maison etc. D'ailleurs la première partie commence juste après qu'on ait vu un plan brouillé dans un lit se rapprocher d'un oreiller.

La seconde partie c'est pour moi la réalité qui refait surface. Une réalité dure, tragique et surtout moins dorée : Diane/Bette voulait être actrice, mais n'ayant aucun contact dans le milieu du ciné et n'ayant pas plus de talent que ça, elle a échoué et s'est retrouvée à vivre une petite vie. Elle est amoureuse de Rita/Camilla qui l'a laissée tomber au nom de sa réussite : elle l'a larguée pour le réalisateur, pour sa carrière. En gros les personnages sont tout l'inverse de ce qui s'est passé dans la première partie : Diane/Bette n'est plus candide et parfaite, mais elle est amère, et a tout raté dans sa vie ; Rita/Camilla n'est pas pure et innocente, mais au contraire calculatrice. D'ailleurs dans cette seconde partie on remarque que le prénom de Bette avait été lu par Diane sur le badge d'une jeune fille. Bette est un personnage fictif, un personnage rêvé. Cette partie se termine par Diane/Bette qui se tire une balle, la fin du film est finalement comme le début, car c'est là que le rêve-délire commence.

Plusieurs indices tout au long de la première partie nous disent que ce n'est pas la vérité, comme si on tentait de nous ouvrir les yeux. Comme si la réalité tentait de s'insérer dans le rêve de Diane/Bette, pour lui faire comprendre que ce n'est qu'un rêve :
- La boîte bleue. La boîte bleue est pour moi la pièce pivot du film. Elle semble représenter la vérité. Une fois qu'on l'a ouverte, la première partie, le rêve n'a plus lieu d'être, puisque la vérité a refait surface. Au milieu du film on plonge à l'intérieur et on se retrouve dans un univers différent, bye bye le rêve où tout est parfait et bonjour à la réalité dans laquelle tout va de travers.
- La vagabonde (c'est elle que tu appelles la bête ?? Si oui j'en ai une toute autre explication...!) ; pour moi la vagabonde personnalise en quelque sorte encore une fois la vérité, elle représente la véritable nature de Diane/Bette (qui a tout de même payé un tueur à gage pour éliminer celle qui la faisait souffrir, Rita/Camilla). Et pour moi toute l'histoire avec le type dans le Winkie n'est pas innocente. Cet homme qui a rêvé de quelque chose derrière le Winkie mais qui a peur d'y aller, finalement c'est comme Diane qui refuse de voir la vérité en face ; mais une fois que l'homme a vu la vagabonde, c'est comme si Diane s'était regardé dans un miroir et n'avait pas supporté ce qu'elle y avait vu.
- L'enquête sur l'accident de Rita/Camilla. C'est comme si encore une fois Bette/Diane tentait de voir la vérité en face mais n'y parvenait pas. Et tout au long de l'enquête on peut voir des indices sur la vérité : la voix de Diane sur le répondeur (qui est en fait Bette), la clef bleue qui mine de rien a son importance, car elle est liée au meurtre, etc.
- Le Club Silencio et la fameuse chanson dont Bee nous a donné la traduction. Diane a fait tout cela par amour pour Camilla, qu'elle n'oubliera et ne pourra jamais oublier. C'est à ce moment-là que tout commence à dérailler, comme une prise de conscience : Rita/Camilla commence à trembler et elles ouvrent juste après la boîte, nous ramenant à la réalité, une réalité toute autre.

Donc voilà pour moi l'histoire débute à la fin du film. Diane est une actrice ratée. Elle vit dans le souvenir de Camilla qui l'avait larguée pour un réalisateur, pour sa carrière. Elle a par la suite eu une nouvelle copine, que l'on peut voir à un moment, mais elle ne peut oublier Camilla qui la hante. Camilla qu'elle a d'ailleurs fait assassiner en payant un petit tueur. Elle vit donc à la fois dans le souvenir de la femme qu'elle aimait et dans la culpabilité de l'avoir fait tuer, mais aussi dans l'amertume de sa désillusion par rapport au système du cinéma. Aussi à la fin du film elle se suicide, rongée par tout cela ; c'est là que débute une sorte de rêve-délire juste avant de mourir, Diane rêve la vie qu'elle aurait rêvé vivre justement. Dans ce rêve toutes les personnes qu'elle connaît sont là, mais sous une identité différente et un rôle différent. Diane n'est plus elle mais Bette, une jeune fille candide et talentueuse ; Camilla, la femme de sa vie, est là également bien sûr, mais sous l'identité de Rita, on a voulu lui faire du mal, mais Bette est là pour le protéger et pour l'aider. Dans ce rêve, tout lui réussit. Mais voilà le propre des rêves, c'est leur côté temporaire et illusoire, et petit à petit le doré s'effrite pour laisser entrevoir la réalité, une réalité moins dorée et plus dure.

Autre élément que je trouve intéressant, c'est tout le côté critique du monde du cinéma et du système hollywoodien ; dans le rêve Bette/Diane veut croire que l'on ne réussit que grâce à son talent, mais tout au long de cette partie on peut voir que des gens de l'ombre tirent les ficelles et utilisent les acteurs et réalisateurs comme on utiliserait des pantins. Dans la seconde partie, Diane/Bette a pleinement conscience du côté pourri du système : elle a vu Camilla/Rita réussir en couchant avec le réalisateur et n'a pas réussi elle-même à percer à la fois par manque de talent, mais surtout par manque de contacts.


Ce film c'est comme une grande enquête, il y a des indices semés un peu partout et c'est à nous de les rassembler pour construire notre propre vérité. Voilà pourquoi j'adore ce film : il représente un grand terrain de jeu.

Edit : oups, désolée pour le roman...!

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Maybe
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Re: Mulholland Drive

Message par Maybe »

Bee a écrit :
Maybe a écrit :Mulholland drive restera (en ce qui me concerne) LE film de cette décennie.
Contrairement à la majorité, je le trouve très construit.
Il suffit simplement d'observer le tout début, la caméra se déplace sur un fond rose et l'on entend une...respiration. Plus tard, lorsque l'on reconnaît la chambre de Diane, on comprend que c'est son souffle que l'on perçoit et cette caméra plongeant sur le rose de ses draps, nous fait plonger à notre tour dans SON rêve.
Lorsque l'on comprend que la véritable histoire est celle de Diane et Camilla et que Betty et Rita ne sont que le fruit du rêve de Diane, de son fantasme, de tout ce qu'elle aurait voulu être, donner, le reste est simple à comprendre. C'est "simple" et tellement génialissime de la part d'un Lynch particulièrement en forme.
Ce n'est peut-être pas un film lesbien (quoique la réalité comme le rêve évoquent un amour entre deux femmes!!) mais personnellement, je trouve que cela lui donne une dimension sans mesure.
Ce film me touche au plus profond, quant à la scène du Club, elle est à tomber (d'ailleurs avez-vous remarqué la couleur de ses portes d'entrée?...)
Cette chanson, initialement chantée par Roy Orbison : "Crying", n'a pas vraiment le même impact, que cette version espagnole a capella!
Je suis bien d'accord avec toi Bee!
Je vois qu'on a la même interprétation :D : c'est vrai qu'en revoyant le film, on se rend compte que la construction est très travaillée et joue sur le travail de recomposition et de déplacement du rêve. Pour confirmer ton hypothèse, on aperçoit au tout début du film, après le jitterburg endiablé, un oreiller qui se rapproche et qu'on revoit dans la deuxième partie du film.
Donc, selon toi, la brune est-elle morte ?
Et je suis encore d'accord avec toi pour dire que ce film est peut-être en fait fondamentalement lesbien, si ce n'est en réalité, au moins dans la part la plus secrète : le fantasme.
Coucou Bee,
Tu vas penser que je suis un peu Suisse sur les bords pour répondre enfin à ton message!!
Mais pas du tout, c'est que en faisant un tour sur les nouveaux avis que suscitent ce film tant aimé.... que je viens d'apercevoir ta phrase en caractères si petits qu'elle m'avait échappée :
"selon toi, la brune est-elle morte?"
Et comment donc elle est morte!!! Le signal était simple : "quand tu trouveras cette clé chez toi, le travail sera fait!" Donc lorsqu'on aperçoit cette petite clé sur la table du salon, le travail est...fait!
A partir de cet instant, les remords ne vont cesser de l'assaillir, de s'amplifier jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus les supporter, elle sombre alors dans un délire total qui l'amène à commettre ce geste d'une grande violence, et qui moi spectatrice, me colle chaque fois au siège de terreur!!

Ai-je répondu à ta question?
Le hasard est un faux prétexte que Dieu donne à l'homme...

birdy-beast
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par birdy-beast »

Ah ouais... Elle est super ton explication, Redflower!
Au moins elle est claire et tient debout...
Oui, la vaguabonde c'est celle que j'appelle "la bête" (enfait, quand j'étais petite j'ai allumé la télé, je suis tombée sur cette scène qui m'a traumatisée et dans ma tête c'est resté "la bête")
Ouais j'avoue que mon explication est un peu bancale du côté spatio/temporelle mdr! :mrgreen:
Faudrait que je le revois [quand je n'aurais pas trop peur^^], maintenant que j'ai une explication plus.. rationnelle!
J'ai rendu les armes face à Son éclat...

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came
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par came »

Je ne pensais pas qu'il était possible d'avoir une explication rationnelle pour ce film, mais merci parce que j'étais vraiment complètement perdue, et autant j'adore que chacun ait un avis différent sur les films, autant quand le film est tellement complexe qu'on en arrive à ne plus avoir d'avis ça en devient moins intéressant ^^
Et j'avais tellement rien compris que je n'avais plus d'avis du tout :oops:

Bon je crois que je suis partie pour le regarder une seocnde fois!
On ne peut poser les pieds sur le sol tant qu'on n'a pas touché le ciel
(Paul Auster)

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amane
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par amane »

LA scène de Mulholland Drive est, pour moi, l'une des plus hot de l'histoire du cinéma ! salut naomi watts.. et c'est le super-bizarre-génial-chelou-incompréhensible david lynch au commande, vous savez, celui qui a créé laura palmer...
:P
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Peluche
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par Peluche »

...

...

... hum ...

... je viens de découvrir ce film par notre ami "youtube" et heu .. après quelques extraits je pense que je n'arriverais jamais à comprendre ce film si je ne le vois pas en français, tranquillement et en entier dans mon salon. Alors voilà, je me doutais bien que ce film ne vous avait pas échapper ^^ et je .. hum .. j'aimerais savoir si on peut encore le trouver en vente quelques part ? (je demande ça parce qu'il a l'air d'avoir de l'âge quand même ce film)
"Un problème sans solution est un problème mal posé." Albert Einstein

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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par dkny »

Je comprends pas pourquoi les gens disent souvent de ce film que c'est un vrai mystère, qu'on n'y comprend pas grand chose.. Pour moi ce film est clair comme de l'eau de roche.. Il est limpide et tellement de choses y transparaissent.

Un pur chef d'œuvre de David Lynch. Son meilleur film, selon moi!

parce qu'il a l'air d'avoir de l'âge quand même ce film


Il date de 2001. C'est pas si vieux!!!
«La vie serait plus douce si on se levait plus tard parce que les soirées seraient plus longues.»

[ Fanny Ardant ]

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Mirabelle
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Re: [Film] Mulholland Drive

Message par Mirabelle »

Si je puis me permettre...
Je pense que vu mon avatar vous allez me prendre pour une intégriste, mais bon...
Déjà Mulholland Drive se regarde forcément en vo. Pas seulement pour la voix de Laura Harring et son esquisse d'accent qui colle des frissons sur les bras. Mais bien parce que Lynch est l'un voir le cinéaste actuel qui travaille le plus sur ses pistes sonores.
Les explications sur comment interpréter Mulholand Drive ne sont pas déterminantes : d'après Lynch il suffit de savoir que c'est une "Histoire d'amour dans la cité des rêves". Personnellement je ne regarderais pas sous l'angle intellectuel l'œuvre d'un homme qui médite depuis plus de 30 ans et qui reconnait l'influence déterminante que ça a sur son travail. C'est une expérience sensorielle au combien agréable. Chercher à comprendre forcément, c'est refuser le trip. Même si c'est compréhensible de le faire tant on est habitué à des scénario pré machés et sans surprise, avec une musique redondante avec les dialogues, qui supprime le travail des autres pistes sonores.

Maintenant est ce que c'est son plus beau film ? Je ne sais pas. Le préféré du public, le plus glamour indéniablement par le choix des références cinématographiques, de cette photo à tomber par terre, de l'érotisme qui se dégage soudainement. Lost Highway par exemple a des similarités réelles avec M D, mais par son intrigue, ses références voir par le choix de suivre des personnages masculins,il y avait quelque chose de plus pornographique.

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