La question de la simulation est un marronnier de l'interview dès lors qu'un film ose brouiller les codes de l'imagerie sexuelle*. Le sexe lesbien n'est pas le seul à être mal représenté ! Pelles baveuses + va-et-vient pelvien voilé par un tissu : ce à quoi le sexe hétéro se réduit bien souvent à l'écran. Et encore, cette imagerie a connu des évolutions depuis les débuts du 7è Art ; on ne pouvait pas par exemple filmer une pelle baveuse en positionnant l'homme sur la femme; la censure y voyant trop d'allusion au coït… O tempora ! O mores !Pile, c'est simulé donc ce n'est pas vraiment comme ça en vrai (ouf !) face, cela ne l'est pas et là, ô surprise, les lesbiennes baisent vraiment…
* Une Catherine Breillat se prend des marronniers dans le buffet à la sortie de chacun de ses films.
A propos de Kechiche, d'accord avec toutes les raisons que tu avances, Absolutely (marre des huis-clos dans les apparts bourgeois avec une Catherine Deneuve parlant toujours aussi faux). Kechiche ouvre une dimension qu'on n'a pas l'habitude de voir avec des formats qui feraient fuir mondialement investisseurs, programmateurs et public. Durée étendue, longs plans séquences, syncopes de caméra à l'épaule, plans très rapprochés sur les visages… Pulsionnel comme de l'action-painting, avec une tension paroxystique en continu. C'est un style émotionnel singulier, vivant mais aussi terriblement épuisant pour le spectateur. Enfin, je parle pour moi. Obligée de me positionner le plus loin possible de l'écran pour que la vision soit optiquement soutenable, sinon grosse migraine nauséeuse à la clé. Obligée d'attendre un contexte de super-motivation pour voir ou revoir ces films, sinon effet saturation et décrochage immédiat. C'est la limite du tout pulsionnel, comme quand on est immergé dans le trop plein de stimulations de l'informatif instantané (sms, tchat, tweets, mails…) : la tyrannie de l'urgence, l'injonction à l'apnée. Pas assez de recul, pas assez d'ombre et de silence où lier son vécu émotionnel et sa pensée, pas assez de possibilité de variations rythmiques… Je respire mal dans les films de Kechiche mais je les apprécie pour leur critique sociale (100% ok avec Bonnaud), l'empathie qu'il sait créer autour de ses personnages (pas convaincant dans Vénus noire, trop manichéen sans doute). Mais bon, ma place pour La Vie d'Adèle est d'ores et déjà réservée, dernier rang au fond comme d'habitude !