absolutely a écrit :Est-ce que l'art justifie tout ? Devons-nous boycotter des créations obtenues ds des circonstances douteuses ?
La question que tu poses est très pertinente et reflète un peu le dilemme dans lequel me plongent les querelles de ces derniers jours entre le réalisateur et ses deux actrices.
La vie d'Adèle est un film que j'attends avec une vraie curiosité depuis l'émotion vive qu'il a suscité à Cannes. Je ne l'attends absolument pas pour son côté "homo" ou pour une quelconque raison liée à une orientation sexuelle, mais bel et bien pour la qualité artistique qui a été soulevée par la quasi intégralité des critiques jusque ici.
Je me faisais donc une joie de me rendre dans ma petite salle de cinéma en Octobre pour prendre moi aussi ma claque annoncée et découvrir si effectivement on se trouvait là en présence d'une des plus belles mise en image de "l'amour" au cinéma comme il a tant de fois été suggéré ces 3 derniers mois.
Malgré moi, savoir que ce tournage a été si "violent psychologiquement" entache forcément mon envie de voir le film et altérera mon ressenti quand à ce dernier. Je ne pense pas être capable de dissocier ce qu'on sait aujourd'hui de ce tournage et l'appréciation que je ferais de cette oeuvre.
Cela signifierait donc que pour apprécier une oeuvre artistique d'une telle portée, il faudrait être dans l'ignorance de la souffrance créatrice dont elle est issue en quelque sorte. Un peu comme le sportif qui s'entraîne pendant 20 ans, qui donne tout, maltraite son corps, se blesse parfois, s'épuise psychologiquement etc...Mais qui le jour de la compétition la plus importante de sa vie transcende tout pour offrir un spectacle digne aux spectateurs présents et obtenir une récompense pour cette implication immense.
Le spectateur a envie d'être témoin de ce moment précis, celui de la consécration, il refuse (ou n'y pense simplement pas vraiment) de considérer les souffrances qui ont été nécessaires à ce succès.
Dans le cas de la Vie d'Adèle les choses sont peut-être un peu différentes dans le sens où celui qui a infligé la souffrance est une tierce personne...On pourrait le comparer à l'entraîneur peut-être alors ? Celui qu'on accepte d'écouter même si il nous pousse à dépasser des limites acceptables et celui envers lequel on porte une infinie reconnaissance lorsque ces souffrances portent leurs fruits (d'où les manifestations d'amour des 2 actrices envers Kechiche durant le festival).
Quoi qu'il en soit j'irai voir le film parce que l'expérience cinématographique m'intéresse énormément. Je ne sais pas si ainsi je me rendrais complice d'une violence que je cautionnerai "indirectement", mais j'ai envie de penser que tout n'est pas noir ou blanc, et que même si Léa et Adèle évoquent ce tournage en terme peu flatteurs, elles apprécient malgré tout le résultat et la récompense qui y est associée. Comme l'a répété Léa lorsque Kechiche s'est emporté contre elle, ce n'est ni le film ni l'homme qu'elle a remis en cause, mais simplement son "approche".
On peut peut-être apprécier un résultat sans être en accord avec l'opération qui a mené à ce dernier donc en somme. J'irai voir le film pour me faire une idée, et je verrai à ce moment là si j'arrive à me détacher de ce "background" et du malaise ambiant.
(Ceci dit, cette interview des actrices est sortie avant-hier et elles continuent à défendre le film avec humour et intérêt, ça prouve bien que leur ressenti n'est pas manichéen et donc ça serait dommage de se priver d'aller assister à une projection :
http://www.youtube.com/watch?v=f-K1IZz9BYU )