Je n'en ai pas été gênée jusqu'à présent.
Peut-être parce que la série ne comporte que quatre épisodes pour l'instant. Si chaque épisode n'est composé que de violence à outrance de la première à la dernière minute et ce durant les 5 saisons, j'aurai effectivement du mal à rester concentrée sur la série. Mais c'est trop tôt pour le dire. Ensuite, l'époque visitée est celle du Far West. Honnêtement, ce n'était pas la période la plus douce non plus. On faisait parler la poudre, on se prenait du plomb pour un oui ou pour un non, et les femmes ne parlaient pas encore droits civiques (est-ce qu'elles parlaient tout court ? >_>).
Le thème est celui du parc d'attractions. Sauf que les attractions sont à la fois les moments de "détente", d'aventure proposés par les hôtes et les hôtes qui les composent. Il y a déjà un premier écueil, bien en dehors du fait de violence faite aux femmes: est-ce que le personnage de Teddy n'est pas tragique en soi ? Est-ce que son sort diffère vraiment de celui des femmes (il est tué à répétition, et pas en douceur non plus. Il n'est pas impossible que lui ou tout autre hôte masculin ait été violé d'ailleurs ?). Mais le simple fait de parler d'hôte au lieu de robots est déjà révélateur: ils sont prédestinés à accueillir. Peu importe ce qu'ils reçoivent, ils ne peuvent faire autrement que d'accueillir contre rémunération.
La mise en abîme est intéressante (à plusieurs niveaux d'ailleurs), avec le Mariposa par exemple. Maeve est bien prostituée dans le saloon, elle l'est doublement sans le savoir (enfin, elle commence à se douter que les choses ne tournent pas bien rond ceci dit >_>): de par son statut d'hôte et celui que la Narration lui a collé.
Il y a beaucoup de mises en abîmes dans Westworld, différents niveaux de lecture. Lorsqu'on parle de la Narration, ce département chargé d'écrire les différents scénarios du parc, le processus d'écriture lui-même est également questionné. La critique peut tout à fait s'appliquer à la série elle-même (aux séries de manière générale telles qu'elles sont conçues actuellement à Hollywood): il ne serait donc pas surprenant que la série pose un jour la question de la violence faite aux hôtes, et qu'elle demande ainsi au spectateur en quoi celle-ci est justifiée. Le mettre face à sa propre responsabilité en somme: pourquoi je regarde un tel programme ? Je trouverais très intelligent d'interroger le spectateur ainsi, surtout au vu des critiques.
Connaissant Nolan, la question sera ouverte. Mais cette double lecture serait intéressante, car le spectateur se retrouverait dans la peau du visiteur de Westworld (il l'est déjà pour moi). On le retrouve par exemple avec les personnages de Logan et William (les deux amis qui viennent visiter le parc). Logan est déjà venu et connaît bien les activités du parc, mais il s'agit de la première fois pour William. Ici aussi, la symbolique est forte: William est encore vierge de tout vice dans le parc. Pour moi, ce personnage incarne un peu le spectateur innocent qui découvre, qui en est encore à considérer les hôtes comme des êtres humains là où Logan s'estime purement et simplement dans un jeu: il n'hésite pas à vouloir "essayer le rôle du méchant" en changeant l'orientation d'une trame narrative qui devait à l'origine leur permettre d'être du côté des gentils, trame que William avait sélectionnée.
Techniquement, on peut dire que le parc permet à ses visiteurs d'écrire leur propre histoire, d'en devenir les héros ou les méchants, les acteurs passifs, d'être ce qu'ils veulent tout simplement. Et là, ça m'amène au vieux monsieur derrière tout ça... sieur Hopkins, créateur du monde de Westworld.
Il a mentionné à plusieurs reprises qu'Arnold (son premier associé) et lui se sentaient comme des dieux. Qu'ils avaient créé la vie d'une certaine manière, qu'il s'agissait presque de sorcellerie. Dans sa rencontre avec l'enfant, Ford a parlé d'une église. Dans l'épisode 4, on apprend qu'il en construit une, au grand désarroi de l'actionnaire Theresa Cullen (on peut d'ailleurs constater au cours de ce déjeuner manqué toute l'influence de Ford sur les hôtes du parc). Mais auparavant, il était question de conscience.
Bernard, le chef du département de programmation des hôtes, avait mentionné les fameuses voix que certains hôtes entendent. Ford explique qu'Arnold avait tenté d'insuffler le concept de conscience aux hôtes, au moyen d'une voix dans leur tête (l'analogie avec la voix de la conscience est drôle : ). Pour ceux qui n'avaient pas réussi à l'intégrer, les voix étaient considérées comme venant "de plus haut", c'est-à-dire qu'elles relevaient du divin.
Mais est-ce que Ford n'est pas en train de construire une église ...?
Il y a également le personnage de l'homme en noir, le vieil homme au chapeau qui se défoule depuis une trentaine d'années sur les hôtes du parc. Ce dernier est à la recherche d'un niveau de jeu caché dans le parc (on revient encore à la dimension du jeu, comme Logan qui considérait le parc comme un gigantesque jeu de rôle ou ne serait-ce que par la mise en place d'un système de niveaux et de personnages non jouables, comme dans les jeux vidéo), niveau donc, appelé "Le Labyrinthe".
Bernard révèle l'existence du labyrinthe à Dolores, fille du fermier Abernathy et hôte avec laquelle Bernard passe du temps en secret afin de découvrir si oui ou non les hôtes sont capables d'être conscients. À ce sujet, Dolores semble prometteuse puisqu'elle se met non seulement à réfléchir mais en plus à prendre des décisions autonomes.
Là encore, j'y vois une double lecture ainsi qu'une critique: Dolores est une femme, et pas n'importe laquelle. Outre l'analogie avec Alice au pays des merveilles (impossible de ne pas remarquer la robe bleue et le ruban, les cheveux blonds de Dolores, sa position assise comme Alice sur sa chaise), il s'agit d'une jeune femme encore sous tutelle (quand son premier père est retiré du circuit car jugé défaillant, on lui en attribue automatiquement un autre). Lorsque Dolores n'est pas sous la surveillance de son père, c'est sous celle de Teddy qu'elle se retrouve. Lorsqu'elle n'est pas avec son père ou son prétendant malheureux, c'est aux autres hôtes masculins ou aux visiteurs du parc qu'elle est confrontée. C'est aussi Dolores qui subit le viol, de l'homme en noir mais pas seulement.
Quoi qu'il arrive, Dolores n'est jamais en relation avec d'autres femmes, qu'il s'agisse d'hôtes ou de visiteuses.
Et pourtant, n'est-ce pas elle qui devient consciente (je laisse le cas de Maeve de côté pour l'instant) ? C'est Dolores qui apprend à se servir d'une arme à feu et qui s'en sert contre son violeur. C'est Dolores qui s'émancipe et qui s'échappe, qui réfléchit, qui commence tout doucement à prendre des décisions pour elle. Tout doucement, car lorsqu'elle tombe sur Logan et William, elle retombe dans son rôle initial: être protégée par quelqu'un qui se sentira homme par ce biais.
C'est intelligent de lui avoir fait croiser la route de William, visiteur un peu innocent sur les bords qui ressent énormément de compassion à l'égard des hôtes (combien de temps cela va durer, aussi, avant que la nature humaine ne reprenne le dessus ? Est-ce que William continuera à incarner l'espoir ou est-ce qu'il va valider la noirceur de l'âme humaine ? Je suis impatiente de voir son évolution : ).
La série me fait également penser au Truman Show, film où Jim Carrey se retrouve dans un monde totalement factice, monde composé de publicité, de consommation et de télé-réalité. Seul problème: il est l'unique personne de la ville à ignorer que sa vie est un décor artificiel filmé 24h sur 24. Il n'existe que pour divertir les spectateurs qui suivent le Truman Show, et son créateur s'approche du divin pour lui. Le rapport entre le divin, la création artificielle de la vie et l'émancipation est très intéressant. Voilà pourquoi Westworld me fait un peu penser à ce film sous certains aspects, tout comme Dollhouse (d'ailleurs à ce sujet, je suspecte que l'un des humains du parc soit en fait un hôte sans le savoir : p).
Je conclus parce que ça devient extrêmement long et ennuyeux pour vous: pour moi, Westworld est une série très intelligente à plusieurs niveaux et je la suis avec plaisir pour l'instant. Je pourrai vérifier mes pseudos théories une fois la première saison terminée : p